http://www.vertdeterre.com/nature/img/insecte/criquet_des_genevriers.jpg

 

Nous sommes rentrés hier soir, la nuit tombée, par la route ; la soirée chez nos amis avait été douce, on se réchauffe toujours auprès de ceux qu'on aime. En pleine ville, tout près de Versailles, un criquet minuscule a atterri sur le pare-brise. Nous étions à l'arrêt, à un feu, il a commencé à parcourir la surface transparente, par dessous je pouvais voir ses antennes s'agiter, sa curiosité piquée au vif, ses pattes minuscules. Il y a loin de Versailles à chez nous. La voiture roulait vite, la bestiole a tenté de sauter mais il était trop tard. Elle semblait écrasée par le poids de l'air, je la voyais déjà se vidant de sa substance sous cette pression intenable, agonisant là sous mes yeux. Un criquet de moins quelle importance ?

Lorsque nous sommes arrivés, enfin, contre toute attente il a recommencé à bouger puis a sauté nonchalamment, poursuivant sa vie infime, autostoppeur paisible parvenu à bon port. Et j'ai senti l'émotion me gagner, une joie inattendue, immense, lumineuse, que je ne connaissais plus, que je n'espérais plus, la révélation d'un après encore accessible, d'une bataille que je pourrai gagner un jour, comme si j'avais, moi, remporté celle-ci. Tout est encore possible.

 

Par Marie-Laetitia - Publié dans : En douceur
Dimanche 25 juillet 2010 7 25 /07 /2010 14:36

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    

Nous nous sommes rencontrés il y a tout juste dix ans. Une de ces soirées internet où un groupe lié dans le monde virtuel décide de s'incarner dans le monde réel. Je suis arrivée en retard, j'avais peur de m'y rendre, c'est sur l'injonction de mon frère que j'ai finalement décidé de prendre sur moi ce soir-là. Et à cause de cette impression d'être dans un avant qui allait tout-à-coup prendre sens. Lorsque nous nous sommes vus, ce fut une évidence. Je ne le rencontrais pas, je le retrouvais. Si j'avais été mystique j'aurais vu là le signe d'une évidente métempsychose, le souvenir de vies antérieures au cours desquelles, déjà, cette rencontre s'était répétée encore et encore. Je ne garde presque aucun souvenir des autres personnes présentes à ce rendez-vous, presque aucun souvenir du dîner si ce n'est qu'il était à ma gauche, avec deux personnes entre nous, et qu'un lien invisible nous unissait : je n'étais là que pour lui, il n'était là que pour moi. Dans ce restaurant japonais où nous avons atterri lorsqu'un consensus enfin s'est dégagé, lui irradie, lumineux, vivant au pays des ombres, il n'a d'yeux que pour moi. Ce fut le "premier jour du reste de ma vie" et ma mémoire en garde l'empreinte, surexposée avec un halo en son centre : lui. Dix ans que je l'aime. Un tiers de ma vie. Seulement.

Par Marie-Laetitia
Lundi 5 juillet 2010 1 05 /07 /2010 14:25

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager    

Me voici de repos, à la maison. Etalage de claquettes devant la baie vitrée, zinzin entêtant des mouches autour des crottes du chien, chat semi liquide répandu à l'ombre, aisselles moites aux parfums acides, papillons amorphes attendant que le soelil passé derrière l'église jette enfin le jardin dans l'ombre immense... Ce week end la piscine était enfin chaude, les filles ont trempé tout leur soûl, une copine leur a tenu compagnie, c'était doux et chaud, d'eau fraîche en ombre portée de parasol, de touffeurs du dehors en moiteurs du dedans, les journées se sont écoulées dans un soupir. Plus elles sont longues, plus elles passent vite ?


Demain je me présente "au code". Suis descendue à cinq fautes. Je n'y crois pas une seconde.

Demain mon frangin valide son année. J'y crois.

Par Hemipresente - Publié dans : En douceur
Lundi 28 juin 2010 1 28 /06 /2010 11:11

Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Partager    

La Bureautière travaille dans une grosse collectivté territoriale. Elle s'y ennuie. Elle en narre les absurdités, avec humour, sans jamais citer de nom. Elle en fait un bouquin. Elle y perd son boulot.Révoquée de la fonction publique cela signifie concrètement : ne plus jamais pouvoir y travailler. Et vraisemblablement rencontrer les plus grandes difficultés pour travailler tout court. Alors ... devoir de réserve contre liberté d'expression ? Qui l'emporte ?

Par ML - Publié dans : J'ai appris que
Lundi 28 juin 2010 1 28 /06 /2010 10:04

Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Partager    

Ayant enfin apuré ma dette de travail, je reviens à des horaires plus raisonnables. Je ne croise de ce fait plus les mêmes êtres, animaux ou humains, dans mes transhumances quotidiennes. Lorsque je referme doucement la porte du jardin le matin, le jour est déjà bien assis malgré la fraîcheur.


Il en est un, un humain, qui depuis lundi retient toute mon attention. C’est un homme grisonnant à l’âge incertain ; il ne change pas de tenue mais ses vêtements sont toujours propres et repassés, une chemise en coton bleu ciel et un pantalon gris souris en lainage un peu râpé. Il ne dégage pas d’odeur tranchante, tabac, alcool, savon, déodorant bon marché, ou sueur. Propre et soigné, mais des cheveux courts qui rebiquent dans le cou et se vrillent en boucles gênantes qui lui descendent sur le front ; des lunettes en plastique noir, modèle indatable, aux verres multiplement rayés ; il se chausse de baskets auxquelles même le cirage lustrant qu’il emploie ne parvient plus à redonner leur blancheur d’origine, d’il y a bien longtemps. Il prend le même autocar que moi.

 

Lorsque j’arrive à la station, toujours un peu en avance, il achève sa curieuse besogne. Matin après matin il déverse dans le conteneur à verre situé sur le parking de l’hypermarché voisin des dizaines de bouteilles vides qu’il convoie dans un cabas immense aux poignées renforcées, la fermeture à glissière tirée. Il les extirpe précautionneusement de leurs sacs en plastique individuels, de toutes tailles et toutes couleurs, et les glisse par la languette de guidage avec une grave lenteur, ne parvenant pas à atténuer dans ce geste prudent pourtant toujours répété le fracas de leur chute et du bris inévitable. Puis il replie un à un les sacs, les rassemble, les entasse. Je l’ai surpris ce matin à se saisir avec gourmandise, l’œil en coin, d’un sac qui dépassait d’une poubelle publique…

 

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Les gens
Dimanche 27 juin 2010 7 27 /06 /2010 00:00

Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Partager    

A quoi ça tient la sensation de liberté ...

S'asseoir au pied des marches d'un escalier un peu en retrait, siroter un chocolat chaud. Se tourner vers l'intérieur. Ecouter dans le vent le cri d'une buse, très haut dans le ciel...
Je lève les yeux vers elle, je ne la vois pas, je l'imagine tournoyant dans les courants ascendants, montant, encore.
Une libellule réticulée, affairée, déboule du couvert des sous-bois tout proches, rapide, précise, elle tourne sur l'aile à quatre-vingt-dix degrés, revient, repart, s'immobilise une demi-seconde à ma hauteur, reprend sa course jusqu'aux poubelles, revient encore, une seconde cette fois de vol stationnaire à un mètre à peine. Elle est verte d'un clinquant métallique bordé de jaune, rutilante, longue et gracile. Je ne bouge pas. Je me rappelle les longues parties de chasse aux papillons avec mon père, au cours desquelles parfois une demoiselle nous accompagnait, curieuse, j'ai pour ces animaux une sympathie d'enfance qui ne se désavouera plus. L'autre soir, à la toute dernière heure de jour, alors que je me levais pour aller m'asseoir dans le jardin et fumer une cigarette, l'une d'elle s'approcha de la baie vitrée, elle ne s'y cogna point, non celles-ci ne sont pas aussi sottes que les abeilles ! mais demeura plusieurs secondes à observer, était-ce la glace qui l'intriguait ainsi, nous regardait-elle, nous ? Il y a dans cette bête une désinvolte tranquillité, une absence de peur mâtinée de la simple prudence nécessaire, qui me séduisent, elles approchent, observent, puis s'en retournent, leur monde côtoie le nôtre ou l'inverse ?

Je suis repartie délassée à mes dossiers, dans mon bureau clos, l'esprit remis en boîte avait pu divaguer à sa guise. Cadeau.
Par Marie-Laetitia - Publié dans : Rien de spécial
Dimanche 20 juin 2010 7 20 /06 /2010 00:00

Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Partager    

Elle et moi. Elle et moi. Elle. Ma plus intense et brève amitié fut sans doute amoureuse.

Appelons-la Cathy, je la surnommais Cat tant elle était jolie caressante féline et garce.

Nous avions fait connaissance, cela mérite d’être noté étant donné ma propension à la sèche de cours de gym (j’ai même réussi à être dispensée au bachot), à un match de basket qui opposait les plus grandes de 2nde B et de 2nde C, pour la gloire et une note dont je me foutais comme de mon premier bon point.

Grandes elles l’étaient toutes, Dame, et je ne sais comment je me suis retrouvée là avec mon mètre soixante-huit, contre des asperges me rendant toutes pour le moins douze bons centimètres, mais enfin je devais tout de même être décidément trop grande pour le groupe cocasse, hétéroclite à plaisir, des plus petites : prépubères, petits boudins ou ravissantes menues frêles aux visages d’enfants ; effet de seuil …

Notre premier contact fut donc physique, j’avais la balle, je jouais médiocrement sauf en dribble et je dribblais donc tant et plus sans m’approcher trop près du panier bien sûr, attendant qu’une camarade s’en trouvât trop proche pour esquiver l’aubaine que je lui offrais en lui lançant le ballon - mais je ne crois pas avoir jamais poussé mon avantage jusqu’à parvenir à faire entrer la foutue sphère dans le maudit cercle aux diamètres bien trop proches l’un de l’autre ! Nous nous sommes heurtées mon dos contre sa poitrine - elle faisait une tête de plus que moi - c’était un joli mois de septembre ou octobre propice aux enthousiasmes et aux têtes qui tournent, et j’étais à l’âge où ces choses-là ne se font ni à moitié ni, las, sans abondante sueur. J’affirme haut et fort que les vestiaires des filles n’avaient rien à envier à ceux des garçons en puanteurs de pieds moites et d’aisselles acides … Mais elle, foudiou, elle sentait bon ! auréoles sous les bras, gouttelettes au front, elle sentait bon à se damner.

Mon équipe a perdu. Elle était aussi mauvaise gagnante que j’eusse dû l’être, bondissant et tonitruant, et je l’ai détestée bien fort, chassant mon émoi importun jusqu’à des recoins appropriés de mon esprit inhospitalier à ces troubles. Nous avons regagné les vestiaires, nous tenant à bonne distance l'une de l'autre, l'antipathie avait été immédiate et réciproque ; je m'en ouvris d'ailleurs à l'une de mes camarades du moment dont j'ai oublié jusqu'au prénom : cette fille-là n'était pas fréquentable ! Elle se rangea bien sûr à mon avis éclairé et supérieur de première de classe et nous en restâmes là. 

De sièges voisins à la cantine en matchs de basket des mardis matin, nous finîmes par engager un jour, pour de bon, la conversation. C'était dans la queue du self ; nous regardions chacune, côte à côte mais séparées par le cordon qui orientait le flux des demi-pensionnaires en deux files distinctes, le menu du jour, tristement prévisible pour un vendredi ; les boucles jolies de l'écriture enfantine qui en avait tracé les mots ne suffisaient pas à racheter la qualité déplorable des plats énoncés et nous fîmes la même grimace ; sans tergiverser beaucoup plus longtemps, avant d'être happées vers l'intérieur et irrémédiablement condamnées au filet de colin et ses épinards à la béchamel, nous comptâmes nos reliquats d'argent de poche de la semaine ; ce jour-là qui fut le premier d'une bien longue série, c'était déjeûner dehors ! Le quartier latin était à nos pieds, et tandis que nous descendions la rue Clovis pour aller baguenauder à la Mouff, l'inimitié prit doucement fin, à croire qu'elle n'avait jamais existé que pour nous rendre intéressantes l'une à l'autre... Nous étions toutes deux des lectrices forcenées, nous venions toutes deux du fin fond de la banlieue parisienne en empruntant la même ligne de RER pour venir cotoyer l'élite et peut-être, espoir fou, nous y mêler ... l'électricité se mua bien vite en aimantation. 

Ah que tu étais belle ... De ma vie je n'ai jamais vu en pied et en chair palpable une fille aussi belle. Une beauté grecque élancée, fine, au nez parfaitement droit, tes yeux verts étaient ourlés dessous, prolongés de cils immenses, ton haut front nimbé de petits cheveux fous dorés dans le soleil naissait dans des sourcils droits qui eussent pu sembler sévères si ton sourire souvent sérieux n'avait pas imprimé à tes joues roses et douces des fossettes à croquer ; tes cheveux lâchés te descendaient au milieu du dos, indomptables, bouclés, miel strié de brun, attirant le regard vers tes hanches et ta taille fines et ces jambes interminables ...

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Booooof
Mercredi 2 juin 2010 3 02 /06 /2010 19:18

Voir les 7 commentaires Partager    

Les Nombrils de mon monde

Articles sur SUITE 101

Calendrier

Septembre 2010
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30      
<< < > >>

Questions réactions & réponses

Rechercher

Contact - C.G.U. - Signaler un abus - Articles les plus commentés