Qu'on vous prive de votre progéniture plusieurs jours, et vous
constaterez que, tout naturellement et en moins de quarante-huit heures de désaccoutumance, votre corps vous ramène à ses fondamentaux et à ses tendances profondes, enfouis sous un vernis plus ou
moins profond et consolidé de devoir parental : lui reviendront en mémoire des concepts abscons dont il saura vous rappeler toute la pertinence par une expérimentation assidue ; la sieste, la
grasse matinée, le dîner sur le pouce voire l'absence de dîner, les courses réduites au strict minimum vital (pain, pif, fromton), les feignasseries ménagères éhontées ... La mémoire du corps,
bien présente sous les couches de diktat de la parentalité, vous ramènera à cet état de nature de la fatigue et du repos que l'on nommait le célibat ou, parfois, pour quelques chanceux
synchrones, la Vie de Couple. Certes, votre descendance, merveilleuse, vous manquera, mais pas au point de ne pas craindre - honte sur vous - de prendre goût à ce rythme retrouvé, que vous aviez
épousé bien avant votre moitié, à ce modèle de référence du repos et de la fatigue qui vous a façonné. Dix heures sonnent, vous vous levez, alanguie, hirsute - si madame, si, hirsute, soyez
honnête - et pour aller prendre votre petit déjeuner, vous passez devant l'ardoise Veleda sur laquelle, habituellement, vous notez tout ce qui manque, liste de courses en perpétuel
renouvellement. Elle est blanche, vide ... est-ce à dire qu'il ne faut rien acheter ? Non, mais vous avez ... oublié. Voilà. Là vous êtes tout à fait dans l'absence. Plus dure sera la
chute !
Que j'aime mon tout petit jardin, envahi d'herbes folles et de
fleurs sauvages, clos de hauts murs qui me rendent invisible, ombragé lorsque le soir descend par l'église qui nous surplombe. J'y suis bien. Je m'assieds sur les marches y menant et j'observe le
manège des hirondelles qui s'élancent de si haut que même en plissant les yeux je ne peux que les deviner, je me laisse gagner par le calme et la sérénité, au milieu de leurs cris au loin qui se
répondent. Je savoure ma solitude au milieu de la ville, ma solitude au milieu de la maison, isolement d'une minute. Ca vrombit, ça bombine, on y court après les mouches, les papillons, les
abeilles, ça se meut et ça respire, les parfums exaltants des roses y côtoient les odeurs de crotte fraîche et sèche, le soleil entraperçu jette à l'oeil fatigué des reflets sur la piscine trop
intenses, et l'on ferme la paupière en défense, les merles, l'heure tourne, bientôt sortiront de leurs nichoirs, et on les attend, oh oui, guerrièrement tapi, de patte ferme ! Il y aura du sang
et de la plume !
Comme une pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau
Et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l'eau
Comme un manège de lune avec ses chevaux d'étoiles
Comme un anneau de Saturne, un ballon de carnaval,
Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde d'un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon coeur
Comme un écheveau de laine entre les mains d'un enfant
Ou les mots d'une rengaine pris dans les harpes du vent
Comme un tourbillon de neige, comme un vol de goélands,
Sur des forêts de Norvège, sur des moutons d'océan,
Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde d'un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon coeur
Ce jour-là près de la source Dieu sait ce que tu m'as dit
Mais l'été finit sa course, l'oiseau tomba de son nid
Et voilà que sur le sable nos pas s'effacent déjà
Et je suis seul à la table qui résonne sous mes doigts
Comme un tambourin qui pleure sous les gouttes de la pluie
Comme les chansons qui meurent aussitôt qu'on les oublie
Et les feuilles de l'automne rencontrent des ciels moins bleus
Et ton absence leur donne la couleur de tes cheveux
Comme une pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau
Et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l'eau
Aux vents des quatre saisons, tu fais tourner de ton nom
Tous les moulins de mon coeur
Une touche qui merde, et c'est tout qui merde. Tentez-y vous donc,
tiens, d'écrire comme ceci: une touche en moins. Qui plus est une voyelle ! Première et fort usitée ! C'est plus que difficile je vous l'dis. Un oulipo rien que pour moi ! Je pense que je suis
fort civile de mes dix doigts, douce même, pourquoi me fuir ? m'oublier ? me torturer ? mon petit doigt ou mon index sont respectueux, ils l'effleurent tout juste ! Voici une bien triste
condition d'écriture, je vous l'jure. L'exercice est tordu, l'esprit s'y plie péniblement. Je m'y emploie du mieux que je peux. Il est heureusement nombre de mots qui n'usent point de cette
lettre. Je contourne, voyez-vous tout féminin m'est interdit ! C'est dur dur ! Vivement que je récupère cette touche bénie ; je ne peux que dire combien elle m'est précieuse. Reviens, reviens-moi
vite !
Mon évier est bouché et je ne sais absolument pas où j'ai foutu la
ventouse.
Mes filles me manquent.
Il fait un temps de merde, on n'est pas près de mettre le cul dans la piscine.
Mes filles me maaaaaaanquent.
Mon frère ne m'adresse plus la "parole" depuis que j'ai attrapé une araignée avec la main ^_^
Mes filles me manquent, haaaaan comme elles me manquent.
Je vous ai dit que mes filles me manquent ? Leurs jeux, leurs disputes même, leurs cris, sortir avec elles, les regarder
jouer en m'ennuyant fermement au parc voisin, ramer pour faire manger la grande, faire des câlins, recevoir des bisous, applaudir à leurs dessins et à toutes leurs créations, leur cacher qu'on va
chez Disney, leur révéler qu'on va chez Disney, passer une journée à les regarder s'émerveiller, rire à leurs petites fesses blanches comme un cul - ben oui forcément - et au contraste avec leurs
épaules bronzées, les écouter me raconter le camping, les copines, la piscine, la plage, faire des colliers avec les douze tonnes deux de coquillages qu'elles auront ramassés, aller se promener,
les regarder faire du vélo ... Ah que le temps me dure sans elles !
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