Quotidien ou presque

23 avril 2007.

Hier j'ai donc accompli mon devoir citoyen en me rendant aux urnes.

Dès 18 heures, comme de nombreux internautes, j'étais en possession des estimations concernant les quatre candidats sur lesquels se sont portés le plus grand nombre de suffrages. Malgré l'annonce d'un duel gauche-droite qui aurait pu nous échapper, mes impressions étaient mitigées.

Certes, les Français ont voté en masse.
Certes, Ségolène Royal est présente au second tour.
Mais la gauche a globalement subi un cruel revers alors que dans le même temps les idées de la droite dure, si l'on somme Nicolas Sarkozy et Jean-Marie Le Pen ainsi que l'insipide de Villiers (amalgame qui ne demande pas beaucoup d'imagination ...), ont progressé d'une manière spectaculaire. Effrayante. Imparable.

L'arithmétique ne donne aucun espoir de voir Nicolas Sarkozy battu dans quatorze jours.

Que faudrait-il pour voir triompher les idées de gauche ? Cela dépend d'un trop grand nombre de facteurs sur lesquels personne n'a prise... Visualisez une dizaine de boutons "on/off"alignés côte à côte sur un tableau de bord. Chacun d'entre eux représente l'un de ces facteurs : "on" il est en position favorable pour la gauche, "off" en position défavorable.

  • Report des voix de Bayrou. ON/OFF
  • Report des voix de toute la gauche hors PS. ON/OFF
  • Retour aux urnes des quelques pourcents qui n'ont pas voté au premier tour. ON/OFF
  • Peur du totalitarisme incarné par Sarkozy. ON/OFF
  • Défiance dans un homme héritier d'un parti au pouvoir qui cache les chiffres qui le gênent. Sursaut à gauche des sympathisants centristes. ON/OFF
  • Sursaut des vrais gaullistes contre l'égotisme de celui qu'ils ont porté aux urnes. ON/OFF
  • Réveil féministe des françaises ON/OFF
  • Sursaut social pour la protection des droits acquis ON/OFF
  • etc.

Pour que la gauche passe il faudrait que tous soient dans la bonne position en même temps. La probabilité pour que cela se produise existe...

Le défaitisme n'est pas très fécond. Tâchons donc de voir un peu plus loin que les Présidentielles. Ne perdons pas de vue les législatives qui suivront, et dont le résultat sera déterminant. Les Français aiment la cohabitation ! Imposer à Sarkozy cinq années de purgatoire avec un Parlement socialiste serait, je pense, le plus extraordinaire revers de fortune qui lui puisse arriver. Il ne s'y attend pas. Il ne s'en remettrait sans doute pas. Nous avons les moyens de le faire. C'est là qu'il faut agir.

-

Pause déjeuner. Avec ma collègue préférée, en devenir d'amitié, nous avons soigneusement évité de parler politique ce midi. Elle vote Sarkozy, je vote Royal. J'avais tenté, ces dernières semaines, de lui faire entendre raison, de la pousser à voter Bayrou, de la ramener à un vote plus tempéré, elle qui se dit gaulliste historique aurait dû percevoir et combien cet homme est loin d'un de Gaulle (mais Chirac l'était déjà...) et à quel point son accession au pouvoir suprême représente un danger réel et sérieux pour la démocratie. Je n'y suis pas parvenue. Beaucoup de gens votent par habitude, ce sont souvent ceux dont la décision est prise très tôt. Curieusement je réalise que les indécis des derniers jours ont souvent une conscience politique plus affûtée, qui se posent des questions importantes et comparent les programmes. Ceux-là ne sont-ils pas plus démocrates que moi ?

Ma première partie de chronique postée ce matin a suscité de vives réactions. Je ne m'en étonne pas, je ne m'en formalise pas. Je remets à plus tard mon analyse, tout cela est trop frais pour l'instant pour ma capacité de réflexion un poil chaud-bouillante.

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Quotidien ou presque
Lundi 23 avril 2007 1 23 /04 /2007 09:23

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20 avril 2007. Dans deux jours j'irai, comme toute personne responsable et jalouse de ses droits, me retirer dans l'isoloir, plier en deux un bulletin rêche, émissaire précieux de ma volonté citoyenne, le glisser dans l'enveloppe bleue qui m'aura été remise à l'entrée du bureau de vote. A l'appel de mon nom je présenterai ma carte d'identité puis déposerai dans l'urne transparente ma petite voix, mon énorme voix. Nous serons des millions à le faire, de huit heures du matin à huit heures du soir.

 

Ma fille aînée aura bientôt quatre ans et demi (Dieu sait si le demi a de l'importance à ces âges). Elle m'accompagnera dimanche pour la première fois. J'ai commencé hier à lui parler de ce rite étrange qui nous occupera son père et moi et dont j'aimerais que l'apparente absurdité ne constitue pas pour elle un trop grand mystère. Le principe même du vote pour une personne qui nous est totalement inconnue est abscons pour une enfant si jeune, et le mettre à sa portée avec des mots intelligibles sans bêtification n'est pas une tâche aisée, fût-ce pour une juriste qui possède nécessairement un regard à peu près clair sur le fonctionnement des institutions.

 

Les questions qu'elle pose sont simples, énoncées clairement, mais les réponses appellent de longs développements. "Ca veut dire quoi voter ?" "Pourquoi on choisit le Président ?" "Tu les connais les gens ?" (Nous lui avons montré les programmes et elle a contemplé les photographies des candidats) "Et moi aussi je peux choisir ?" "Moi je choisis ma copine Chloé ! - on ne peut pas - pourquoi ?" "Pourquoi ils veulent être Président ?" "Le Président c'est le chef de tout le monde ?" Je les traite une par une, que la masse d'informations ne soit pas rebutante.

 

Une petite fille de quatre ans compte environ jusqu'à trente. Au-delà commence l'abstrait. (Autant dire que je suis, à ses yeux, un cadavre ambulant avec mes 32 ans). Il est bien délicat de lui apprendre que des millions de personnes vont s’exprimer pour en choisir une seule…

 

Je me rappelle avec force détails les votes auxquels j'ai assistés enfant, les salutations embarrassantes des membres du parti dont mes parents sympathisants achetaient le journal, laissant peu de place au suspense concernant leur choix, les rideaux rouges qui s'écartaient quoi que l'on fît comme dans un salon d'essayage trop exigu, dévoilant au lieu d'une jambe soulevée dans une contorsion inesthétique une main tremblante et un visage penché sur une enveloppe. Je percevais toute la gravité de l'instant. Nous rentrions à la maison, il faisait souvent beau, à pied par les petites rues, la journée se déroulait presque normalement jusqu'à dix-sept ou dix-huit heures. Le téléphone sonnait plus qu'à l'accoutumée. La télévision d'ordinaire muette fontionnait jusqu'au dîner que nous prenions parfois dans la salle à manger pour l'occasion, et enfin, à vingt heures, les résultats tombaient, suscitant l'exaltation ou la déception. Etrange spectacle !

 

C'est au tour de ma première fille de vivre cet événement en spectatrice. J’aimerais qu'elle en garde un souvenir teinté de saine excitation et d'effervescence communicative. Au-delà des désillusions politiques que nombreux connaissent au cours d'une vie, voter est un acte fort qui sera toujours supérieur à l’abstention ; que cela au moins pénètre son esprit par contagion dès la prime enfance, avant la construction des idées politiques, qu'elle perçoive la force de l'enjeu à travers l'émotion que cet acte suscite.

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Quotidien ou presque
Vendredi 20 avril 2007 5 20 /04 /2007 11:36

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