enveloppes

 

Chaque jour je prends ma plume. Enfin mon clavier. Il faut trouver un petit quelque chose à raconter, un petit détail à explorer, un petit truc à dire.
Le rituel est bien rôdé, j'ai même quelques lettres d'avance. Mes timbres sont prêts, les enveloppes déjà remplies.
A chaque jour une lettre, en attendant que mes filles soient assez grandes pour me répondre. J'ai hâte ! Recevoir un petit mot me ferai bien plaisir, mais je sais qu'il est encore trop tôt. Ou un dessin tiens ? Ca m'irait bien. Elles n'y pensent pas, et c'est tant mieux : c'est qu'elles s'amusent bien et n'ont pas le temps de nourrir cette nostalgie qui guide la plume.
Je leur invente des mini événements, je leur raconte la préparation de la rentrée, la recherche du cartable, je me remémore les longues cartes que m'envoyait mon papa, quotidiennement. C'était "trop bien" lorsque je m'usais les yeux à déchiffrer son écriture appliquée mais par moments illisible. Je leur épargne cette difficulté, j'imprime mes courriers, ainsi même Elsa peut tenter de me lire. J'en suis à neuf lettres, pour neuf jours d'absence. Ah le temps me dure ... Allez je file à la Poste, je ne voudrais pas rater la levée. A plus tard.

Par Mariléti - Publié dans : Journal de bord de mère
Lundi 11 juillet 2011 1 11 /07 /Juil /2011 13:14

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T-g-naire-domestique[1]  

 

Il avait fait beau quelques jours et puis la grisaille avait repris le dessus. Pourtant j'étais décidée à forcer la chance et je m'étais attelée à la lourde et ingrate tâche de déplier pour la nettoyer la grande piscine que je n'avais guère d'espoir pourtant d'utiliser cette année. Dans la toile, des recoins confortables et replis sombres s'étaient dessinés, grottes éphémères dans des plissements géologiques de fortune ; le temps et l'immobilité prolongée avaient fait s'installer là quantité de limaces et d'escargots que je récoltais et expulsais sans ménagement, les propulsant vers un ailleurs plus vert mais moins humide sans doute, loin. Je progressais pli par pli, méthodiquement. Quelle crasse accumulée en huit mois d'hiver ! La pluie charriant poussières et insectes morts avait mouillé et sali la toile jusqu'au plus profond, pas une niche sans occupant, pas une saillie sans salissure. Je dépliais et à chaque recoin exploré je me rejetais en arrière, luttant contre mon arachnophobie. L'inévitable, le hautement probable, arriva : je découvris enfin - c'est que je l'avais attendue ! une tégénaire aveugle tapie, immobile, éperdue de lumière. Etait-elle morte ? J'avançai une chaussure du bout de la main. Elle se mit en mouvement, sans but, ses huit paires d'yeux frappées de cécité par le soleil succédant à huit mois de ténèbres ne parvenaient pas à s'adapter. Je tentai de la chasser de la main, elle ne me vit pas. Et puis ... je ne comprends toujours pas ... et puis la pitié m'a prise de cette toute petite bête. Je me suis accroupie, j'ai tendu la main ... Elle l'a escaladée timidement, ses deux pattes avant palpant mes doigts tendus, prudemment, bientôt elle fut entièrement dans ma paume et s'immobilisa. Je l'imaginais froide et piquante, elle était tiède et douce, je la voulais agressive, elle demeurait immobile ; je ne poursuivis pas plus avant mon exploration de cette phobie qui me tient depuis que j'ai cinq ans, je la posai en dehors du liner, et la regardai quelques instants. Elle reprenait vie, sa vision s'accoutumant sans doute à la lueur qui l'avait aveuglée, et disparut entre les herbes trop hautes du jardin. Pourquoi cette fois, cette unique fois peut-être, la phobie a-t-elle été battue en brèche par la pitié, je ne sais pas ... Je ne comprends toujours pas. J'en ai recroisé depuis que j'ai écrasées sans ménagement, alors pourquoi celle-ci a-t-elle eu grâce à mes yeux ?

 

EDIT : si mon frère chéri me lit, c'était la main gauche, je ne te toucherai plus jamais avec, c'est entendu.

Par Mariléti - Publié dans : En douceur
Dimanche 10 juillet 2011 7 10 /07 /Juil /2011 14:14

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Ombre-portee-courette-blanche.jpg

 

Un chemin sec que la voiture déchire à chaque passage dans des frôlements de buissons immenses. Contre les vitres remontées, de longues lianes crochues alourdies de mûres sanglantes accompagnent une seconde ma progression, me retenant, me relâchant dans un spasme vers l’arrière, refermant la béance un instant consentie. Les derniers centimètres sont un arrachement végétal, les feuilles déchiquetées volent, les parfums explosent en gerbes.


Je débouche, un peu exsangue, souffle court, échevelée, dans la cour blanche ; elle est toujours là. Elle est toujours là ! La maison invisible, en contrebas de la route ; elle s’appuie sur un rideau de peupliers et de saules bordant la rivière presque morte, gargouillis ténu sur la pierraille mate de chaleur ; elle ouvre ses portes et fenêtres sur une courette blanche semée de cailloux brun-rose, poudreuse, où s'aventurent aveugles les jeunes chênes en avant-poste des bosquets plus denses, un peu plus près chaque année. Il faudra repousser l'envahissement de nouveau, bêche en main, front ruisselant, désarmer, désunir terre et racines, extirper, extraire, entasser, et parfois au milieu une truffe naissante !


Entre les feuillages le regard s’oublie dans les lignes de fuite des parcelles au loin plantées de vignes, damier du vert tendre au vert foncé soulignant le relief léger des coteaux dont il épouse les formes comme un Vichy sur tes hanches.


Je t'ai cent fois vanté la beauté, le secret, le mystère silencieux de ma maison, son fronton de trois-quarts, fendu comme une figue chue et rescellé, cicatrice de son grand âge, ses murs blancs vieillis aux pierres râpeuses, son toit décati que je ne peux me résoudre à refaire, et tu as enfin cédé, consenti, à nous rendre visite.

Je lui parle.

Elle va te connaître.

Personne avant toi n'est venu jusqu'ici.   

 

First published (en intégralité) in SWANS.COM 


Par Marie-Laetitia - Publié dans : L'Affranchie
Vendredi 8 juillet 2011 5 08 /07 /Juil /2011 11:15

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Elles sont partout, ce sont les anxieux, les inquiets, les timides, les sourires pas convaincus, les visages adultes avec un regard d'enfant.
Tout petits, difficile de choisir des chaussures : celles ci sont-elles trop grandes ou trop petites ? elles serrent un peu, mais c'est peut-être normal ? et cet espace entre le pouce et le bout de la chaussure, il est plus confortable d'être ainsi, non ? non ?
et puis, grandissant, les choix, toujours délicats, deviennent de plus en plus déterminants, le mot "crucial" s'insinue.... choisir des études, choisir une université, un métier, un compagnon... un doute persiste, la recherche du confort total pollue finalement le bien être ordinaire espeéré. Cela sans doute accompagne les difficultés quotidiennes à se laisser aller, à s'abandonner. Le doute est toujours là, à vriller le cerveau, petite note qui oscille en puissance, parfois couverte par des fanfares triomphantes, un bonheur soudain, une tristesse intense. Et au bout de plusieurs années, ce doute-là se porte sur tout, sur lui même, sur son hôte : en fait c'est quoi être heureux ? Si on se pose la question, est-ce qu'on peut l'être ? ils se rappellent dans un bouquin de Sartre cette femme perpétuellement en quête de l' "instant parfait", et finissant par abandonner.
Etre heureux, ça se travaille.  C'est un abandon, un refus de résister, c'est cesser de chercher mieux parce que bien c'est déjà le bonheur .... mais bien sûr, mais ils le savent aussi, mais c'est comme comprendre celui qui croit en Dieu, l'envier, et ne pas avoir la foi. Combien d'années de thérapie pour comprendre d'où vient ce doute, et pour le détruire ? thérapie, travail sur soi, mâturation, qu'importe, mais combien d'années ??
Ces êtres-là sont peut-être simplement lucides ? non ? ou extraordinairement égoïstes, à toujours se contempler, se passer au peigne fin "suis-je heureux" ? faut-il les plaindre, les secouer ? faut-il les aimer ? le meritent-ils ?

Par Mariléti - Publié dans : Humeur du jour
Vendredi 8 juillet 2011 5 08 /07 /Juil /2011 11:11

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  Grand Mamie

 

On croit que les vieux sont tous des livres fermés et qu’il suffit d’en effleurer la couverture pour les voir s’ouvrir et nous donner accès à tous leurs souvenirs. C’est bien plus compliqué que ça …

« Alors Mamie, tu me racontes comment c’était quand tu étais petite ?
-    Qu’est ce que tu veux que je te raconte ma chatte ?
-    Eh bien commence par me dire comment c’était l’école ?
-    Oh je n’y suis pas beaucoup allée tu sais.
-    Tu as commencé à quel âge ?
-    En fait j’avais neuf ans.
-    Et tes frères et sœurs ?
-    Mes sœurs aînées n’y sont pas allées du tout. En fait j’ai été la première fille à y aller. Tu sais à l’époque on n’envoyait à l’école que les garçons. Mes frères oui, eux ils y sont allés et ils ont bien réussi : tiens ils ont été tous les trois fonctionnaires c’est te dire !
-    (sourire) Alors ta sœur aînée elle a appris à lire comment ?
-    Eh bien elle n’a jamais su.
-    Comment vous y alliez à l’école ? C’était loin ?
-    Eh bien tu sais on n’habitait pas à la ferme pendant la semaine, on habitait en ville, on avait un appartement, c’était une assez grande ville pour l’Algérie, on allait à l’école à pied.
-    Et vous étiez sous la responsabilité de qui ?
-    C’est ma sœur Antoinette qui s’occupait de nous.
-    Elle avait combien d’années de plus que toi ?
-    Oh je ne sais plus … Elle était l’aînée et moi la … un, deux, trois, quatrième. Comme on est nés tous à deux ans d’écart elle devait avoir sept ou huit ans de plus que moi.
-    Et elle vous avait tous en charge ? C’était la petite maman ?
-    Oui c’est ça. C’était une deuxième maman.
-    Bon alors tu es allée combien de temps à l’école toi ?
-    Eh bien j’étais la première fille à y aller. J’ai commencé à neuf ans, et puis j’ai eu le typhus, alors je n’ai plus pu y aller.
-    Tu as mis combien de temps à te remettre sur pied ?
-    Oh la la ça a été long. Ca a dû mettre au moins un an. JE ne tenais pas debout pendant des mois. Je faisais de la décalcification : mes urines tournaient.
-    Tournaient ? Je ne savais même pas que ça existait.
-    On me mettait dans la cour de la ferme dans une chaise longue, à l’ombre parce que je n’avais même pas la force de me déplacer. On me portait. »

Elle était toute contente de me raconter un peu tout, mais pour accéder aux détails il faudra que je creuse patiemment.  Il y a de la matière sur quatre-vingt-seize ans : vie à la ferme, vie à la ville, quelques années de travail précoce, un procès, et puis le mariage, la deuxième guerre mondiale, les enfants, la guerre d’Algérie, le rapatriement, la nouvelle vie en France … 

Par Mariléti - Publié dans : En douceur
Jeudi 7 juillet 2011 4 07 /07 /Juil /2011 14:30

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Deux-heures-a-tuer.jpg

 

Deux heures à tuer, deux heures offertes. Je me suis encore trompée dans l’horaire de mon rendez-vous avec mon psy, et me voici contrainte de mettre à profit du temps qui ne m’était pas dévolu. Je fais un tour chez le libraire voisin et m’installe à une terrasse de café.
Il est 9 h 30.
Des habitués sirotent leur consommation à quelques tables de moi. Ils sont bruyants, plaisantent avec les serveurs, s'installent, occupent l'espace sonore. Je les envie encore, je les enviais déjà lorsque j’étais étudiante, j’aurais tant aimé être de ceux et celles qu’on salue à leur entrée d’un geste de la main et d’un grand sourire, à qui l’on demande par-dessus le brouhaha « comme d’habitude ? » et qui acquiescent d’un signe de tête autoritaire avant d’aller s’asseoir à leur table. Mais je n’étais pas de ceux-là. Je ne possédais pas cette sorte de charisme qui rend immédiatement sympathique, cette faconde qui délie les langues et attire les rires et les anecdotes. Je me croyais ou me voulais sauvage, et sans doute l’étais-je ; persuadée d’être pour ainsi dire mariée je me désintéressais de toutes les tentatives de communication de la part de la gent masculine et décourageais les importuns par l’un de ces regards noirs que m’a légués ma mère et dont j’ai, parfois, fait moi aussi les frais, adolescente. Des yeux marron foncé virant au noir sous la colère, oh je connaissais bien l’effet qu’ils savaient produire. Je me rencognais derrière un livre et la fumée d’une cigarette, j’étais la ténébreuse, la mystérieuse, ou j’y jouais.
Las, je ne suis plus aujourd’hui que l’anonyme ! De quelle utilité me serait le serveur si je devais impérativement fournir un alibi ? Aucune je le crains. Je suis devenue transparente.
Ma foi, cela n’est pas sans avantages, le serveur qui s’affaire autour de moi à retourner les tables et installer les parasols ne s’occupe que de ne pas me bousculer.
A quelques mètres de moi, le carrousel 1900 se défroisse et se dégrippe, les enfants attendent déjà. Les mères sont sagement alignées en rond.
Je m’y revois, moi, tenant la petite main de mon aînée, c’était doux, on patientait, on espérait que le monsieur du « manèz » ne tanguerait pas trop ce matin et ouvrirait à l’heure. Est-il encore là ? Oui je l’aperçois. Il semble sobre, le pas est sûr, le teint bronzé n’est pas coloré de ce rose caractéristique des alcooliques qu’il arborait alors dès l’aube. Peut-être est-il guéri, si l’on peut guérir de ça.
Je souris, les tout petits s’agrippent aux rampes des chevaux de bois, au volant de la voiture de pompier ou du biplan, ils trépignent.
Voilà, la sonnerie retentit et la vaste machinerie s’ébranle.
Tout près, une jeune adolescente papote en regardant – est-ce de la nostalgie ? – le manège en mouvement : « ouais …. T’es où ? …. Ouais au manège, ben je t’attends quoi ! … ok mais dépêche-toi ». Ca ne doit pas faire si longtemps qu’elle n’y monte plus.
Une maman de trois croise mon regard, je lui souris, je ne la connais pas mais je me retrouve dans son regard fatigué, dans ce bonheur parfois un peu las, elle promène derrière elle deux petites filles proprettes et bien coiffées et son cadet qui dévore un pied nu dans sa poussette est d’une beauté qui fait se retourner les gens. Elle est fière.
Un enfant pleure : le tour de manège est fini, il faut descendre, papa ou maman a d’autres choses à faire et le tour octroyé était déjà une concession, mais que comprennent les tout petites filles aux concessions ? « Acooooooor mamaaaaaaan ». Mais la mère ne cède pas, attrape fermement la petite main de sa presque encore bébé et tire un peu, l’enfant cède, voilà, c’est ça aussi une concession.
Derrière moi la circulation se fait moins dense.
Les habitués ont rejoint leurs lieux de travail.
Le serveur est rentré.
Je suis seule à présent. Deux heures. On aurait pu me les voler, je me les suis offertes.  

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Et pendant ce temps ...
Mercredi 6 juillet 2011 3 06 /07 /Juil /2011 16:32

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