Et voilà, l’année est finie puisqu’on a eu la fête de l’école. On a eu du pot il faisait beau. Les lardons se sont déhanchés sur des rythmes fous, les parents ont bouffé de la saucisse à ne plus savoir où la mettre, y’avait les stands, les jeux, ça courait partout, ça sentait la frite … C’est épuisant une fête de l’école, il faudrait deux cerveaux au moins, un pour papoter avec les copines et l’autre pour avoir en permanence l’œil sur sa marmaille. C’est que ça ne tient pas en place ! « Restez ensemble ! ne laisse pas ta petite sœur toute seule ! revenez me voir toutes les cinq minutes ! » Tu parles … cause à mes fesses oui. Je vous la fais en accéléré la fête.

 

Fete de lecole 1

 

Fete de lecole 6


18 h 21 : « Mathiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiilde ! J’ai rangé ta chambre c’est pas pour que tu mettes le bordel en cinq minutes avec ta copine ! Non c’est pas l’heure encore, ça ne commence qu’à 18 h 45 je te l’ai déjà dit juste douze fois »

18 h 22 : « Elsaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ! J’ai AUSSI rangé TA chambre, j’aimerais bien qu’elle reste dans la même état ! Non c’est pas maintenant qu’on y va »

18 h 23 : « maman c’est l’heure ? »

18 h 24 : « maman on va pas être en retard à force ?? » 

18 h 25 : je capitule. « Bon les filles on va chercher des sous et on y va ». Ca met cinq minutes pour aller au distributeur, et pas de chance je ne croise personne pour papoter et faire attendre un peu la marmaille.

18 h 32 :  nous voilà devant l’école. Les grilles sont ouvertes, damned. Les parents volontaires – dont je ne suis pas, honte sur moi – et les instits s’affairent. Il y a en tout et pour tout une douzaine de gamins et trois couples de parents désoeuvrés. Je me sens minable de ne pas aider et je feins d’être absorbée par un SMS passionnant ne pouvant tolérer plus longtemps d’être lu. Combien de temps je peux faire semblant raisonnablement ? Je tiens une grosse minute en faisant mine d’être absorbée par la réponse que je tape. Laborieusement, il est …

18 h 33 : les filles ont déjà fait le tour de tous les stands, élaboré un plan de bataille, perdu puis retrouvé la cadette, perdu puis pas retrouvé l’imperméable superfétatoire que j’avais dit de ne pas prendre

18 h 34 : sauvée, une maman que je connais ! « C’est sympa hein ? L’orchestre a l’air très chouette… » un ange, puis deux, passent. « A quelle heure il … » « Il commence à quelle heure le … ? »  nous nous téléscopons et nous sourions, misérables. Nous connaissons toutes les deux la réponse, 20 heures, mais il faut bien meubler. « Vous avez fait un gâteau ? » lui adressé-je en lorgnant son sac plastique. J’ai encore plus honte : je n’ai même pas fait ça … « euh non je suis trop nulle en pâtisserie, c’est les affaires de piscine de Théo » … Copine !

18 h 45 : le gros des troupes commence à arriver. La cour de récré se peuple, je toise le morveux qui a frappé ma fille, me retiens de le coincer dans les toilettes. « Mathiiiiiiilde ? C’est bien lui Nicolas ? » j’ai parlé bien haut et bien fort, pour que le merdeux entende. « Oui c’est lui » « S’il t’embête ce soir tu viens me voir ». Il a entendu : il se rapproche de son golgoth de mère ; en survêt gris à rayure bleue et tongs violettes, des mèches certainement décolorées à la maison dépassant de sa queue de cheval mal faite, elle me jette un regard haineux. Je tourne ostensiblement la tête.

19 h : tout se passe bien. Le Nicolas s’est fait attraper par la directrice, une fois encore, et ma grande est tranquillement en train de s’installer à son stand. Il y a maintenant un monde monstre, les parents essayent de papoter tout en gardant à l’œil leur progéniture, les paroles pourtant couvertes par une sono déraisonnablement agressive. « C’est Lady Gaga ça ? » « mmmh ? j’entends rien avec la musique de Lady Gaga tu disais quoi ? » « non rien »

19 h 01 : j’achète des billes à l’entrée. Les instits tiennent la caisse. « Vous êtes notre première cliente madame Gambié, alors on ne connaît pas encore les prix ». Je suis sympa je ne demande que 20 tickets et pas 12 ou 13, leur épargnant le pensum des calculs et du rendu de la monnaie.

19 h 02 : ruée sur le buffet qui vient d’ouvrir. Les stands sont gratuits mais la bouffe est payante, c’est très bien ainsi : les mômes peuvent tous s’amuser. Je me range dans la queue « frites ».

19 h 28 : je suis toujours dans la queue « frites ». Il y a encore sept personnes devant moi et on annonce la rupture de stock. Rah. De dépit, je me range dans la queue « hot dogs ».

19 h 43 : j’ai trois hot dogs dans les mains et il faut encore que j’achète des boissons.

19 h 50 : J’ai trois hot dogs, un mister freeze, et trois verres de coca dans mes douze mains.

19 h 51 : Le viking débarque, hébété par sa journée de travail. « J’aurais bien mangé des frites » « Tiens vla un hot dog »

20 h : le concert commence ! C’est un super orchestre dont la directrice a loué les services ! Les enfants s’éclatent. Les parents font cercle autour d’eux et chacun y va de sa photo ou de sa vidéo, smartphone en avant. « Gymnastique ! » et tous les mômes s’exécutent, pliant les jambes, bras à l’horizontale, quelques-uns tombent à terre de rire.

20 h 12 : « tu as l’air crevé, rentre te coucher je gère ». Parfois je m’admire. Je regarde le viking quitter les lieux avec envie.

21 h : fin du concert. Les enfants en redemandent mais l’orchestre a été payé pour une heure et ne consentira pas à jouer une note de plus.

21 h 10 : je ramasse ma marmaille. Mathilde pleure : elle ne veut pas partir. Elsa pleure :  elle a mal aux pieds et à la tête. J’ai envie de pleurer d’épuisement. « Allez on y va, il est tard déjà » « mais ça finit à 22 heures ! » « Ecoute Mathilde on est crevées avec Elsa, tu peux peut être comprendre ça ? »

Comme chaque année, la fête se termine dans les larmes, je m’y suis préparée. Tout le long du chemin j’essuie les nez. On entend encore la sono à cent mètres. « Tu vois, snirfl, c’est encore la, snirfl, fêêêêêêêêêete ».

21 h 21 : le viking ne dormait pas. Les filles se sont déshabillées, chacune est dans son lit. « Je-e-e-e suis fatigué-é-é-éeeeee snirfl ». « Tu vois ma grande on a bien fait de rentrer » « oui je suis désolééééééééeeee snirfl ».

21 h 23 : j’entends un bruit dans les chambres, je me faufile … tout le monde dort déjà. Une poupée est tombée d’un lit, c’est le choc de sa tête sur le sol que j’ai entendu. J’embrasse dans leur sommeil ma grande puis ma petite, elles sont toutes deux pareillement étalées dans leur lit, jambes et bras écartés, souffle apaisé. Leurs cheveux détachés sur l’oreiller les auréolent de noir. Je reste debout à les écouter respirer, paix sur la terre.

21 h 30 : je descends me coucher. J’ai encore dans la tête les boum boum de la sono. Demain samedi par pitié laissez-moi dormir les filles. Sur cette muette injonction je m’endors.Eeeeeeeen-fiiiiiiiiiiiiin.

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Journal de bord de mère
Lundi 27 juin 2011 1 27 /06 /Juin /2011 10:43

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Le livre avance, dans la douleur. Voici le premier chapitre. Il y en a six à l'heure actuelle. Dites-moi ce que ça vous inspire !

 

http://www.poster.net/picasso-pablo/picasso-pablo-maternite-2602191.jpg 

 

Elle lui donna le jour, comme il arrive bien souvent, au petit matin, après une longue nuit de sang et de cris, comme si les ténèbres se déchirant la mère s'autorisait à laisser venir l'enfant . L’angoisse, pointe persistante entre deux côtes, aiguillon, poignard, s’était resserrée, semaine après semaine, car le bébé, son quatrième déjà – les trois premiers avaient été bien placés et chèrement acquis – ne bougeait pas. Les ruades épuisantes en soirée, les nuits hachées à maudire les retournements successifs tête en haut tête en bas, la vésicule talonnée, le souffle coupé, tous ces petits gestes automatiques qui laissaient deviner les mouvements involontaires des premières semaines du nouveau-né, rien n’avait eu lieu. A chaque visite, la sage-femme avait tenté de la rassurer, avec chaleur au début puis lassée de ces atermoiements hormonaux, plus mollement : le cœur battait fort et vite, le monitoring enregistrait des mouvements réguliers signant une activité foetale normale, la hauteur utérine croissait harmonieusement et l'on pouvait supposer qu'il en allait de même pour l'enfant, elle prenait le poids qu'on attendait qu'elle prît ... Elle entendait tout cela, reportait scrupuleusement sur son carnet de suivi toutes les mesures qu'on lui avait livrées ... Elle se prenait à rêver d'échographie secrète, même au prix de toutes les années de prison encourues. Elle s’en ouvrit une fois à voix basse à une vieille infirmière aux allures de mère supérieure, celle-ci écarquilla ses gros yeux qui repoussèrent si haut ses sourcils touffus dans une mine atterrée qu'ils rejoignirent sa frange trop courte poivre-et-sel et y restèrent un long moment : elle savait bien que c’était interdit, que l’équipe chirurgicale au grand complet avec un plasticien, un chirurgien cardiaque, un orthopédiste, tous ceux susceptibles d’intervenir sur n’importe quelle malformation seraient présents à la naissance, autour d’elle ou au plus près, disponibles, ce n'était pas sa première grossesse que Diable, elle devait connaître la législation sur ce point, intransigeante, la santé publique passait avant tout, on n'avait pas le choix ! Elle s’était radoucie quelque peu devant les yeux embués de la jeune imprudente : allons, tout irait bien, il n'y avait pas de raison, il ne fallait pas avoir tant de craintes, qui étaient mauvaises pour le foetus, et puis accepter quoi qu'il advienne tous les enfants que Dieu voulait bien encore donner, il y en avait si peu. Alors elle s’était résolue à taire définitivement ses peurs : elle ne pourrait pas faire comprendre à ces femmes au ventre creux l'indiscutable pertinence de ses sensations.
 
Malgré tous les indicateurs objectifs qu'on lui opposait donc mensuellement, chiffres et courbes et normes et percentiles, en dépit des tintements et soufflements réguliers des machines autour d’elle qui ne s'émouvaient ni plus ni moins de ses angoisses que le personnel hospitalier, malgré toute cette apparence de normalité, elle n’était jamais rassurée plus de quelques heures, le temps de regagner sa chambre, de retrouver sa place sur le sofa, de reprendre son observation méticuleusement anxieuse de cette presque immobilité.
 
 Elle lui parlait, posait une main douce sur son ventre pour chercher sa tête et l’ayant trouvée – il ne se retournerait sans doute plus à présent, le terme était bien avancé – appuyait un peu plus fort sa caresse en entonnant un chant grave, bouche close, menton reposant sur la poitrine, rumination mélodique. Il bougeait en réponse, bien sûr, mais il répondait mollement ; elle le savait vivant, sans nul doute, mais … différent.
Lorsque la grossesse atteignit enfin le seuil de viabilité, elle commença de lui parler en secret, de le presser de hâter sa sortie. A trente-huit semaines enfin, elle perdit les eaux. Elle fut conduite à l’hôpital alors que les contractions se rapprochaient déjà à deux minutes d’intervalle, elle avait connu trois accouchements longs et dès le premier on l'avait avertie, col hypertonique. Elle savait qu’il lui faudrait composer sur la durée avec cette douleur croissante alternant élancements insoutenables dans tout le ventre et sourde traction des lombaires. Elle savait faire. A trois doigts, les futurs parents la rejoignirent en salle de travail. Elle avait obtenu que l'on attendît ce stade avant de les prévenir. Ils s’étaient montrés, dès le premier jour, attentifs, doux, prévenants. Elle, timide, retenue, posa doucement une main près de la sienne, sur le drap qui la recouvrait encore, et lorsqu’elle la lui attrapa pour s’y accrocher dans un spasme elle sourit enfin largement, compassion impuissante et tendresse, il fallait aussi qu’elle souffrît dans sa chair, c’était bien. Lorsqu’elle fut ouverte à cinq doigts, elle n’y tint plus. Elle fit approcher la mère « Ne venez pas ! Ne venez pas oh je vous en prie ! Quelque chose ne se passe pas normalement, je le sais, ne venez pas ! ». Le sourire ému laissa place à la perplexité, et après un long regard chargé de sens et pour l’une et pour l’autre, à l’inquiétude la plus vive. Elle n’eurent guère le temps de s’en dire plus… Elle avait perçu de la gestante une part des doutes qu’elle étouffait et taisait depuis de longues semaines … « Pardon ! »
 
Elle se revit à l’agence, étudiant méthodiquement, presque scientifiquement, les fiches des jeunes femmes fertiles qui avaient été dépistées et correspondaient à son ethnie, arrêtant son choix sur une dizaine de porteuses potentielles. Une seule fut commune avec celles choisies par son époux, une jeune Marie de vingt-quatre ans ayant déjà enfanté trois beaux bébés nés à terme à plus de quatre kilos par voie basse sans complications et sans souffrance fœtale. Leur choix conjoint étant fait, le passé médical de la jeune femme leur fut exposé en détail sans que son portrait leur fût encore communiqué. Du fait de sa solide constitution tant physique que mentale, de sa cotation exemplaire tout au long des grossesses et des allaitements, il tenait en quelques mots : elle était invraisemblablement saine, large, bonne laitière, faite pour enfanter ! Elle avait en outre reçu une éducation tout à fait exceptionnelle pour une personne de sa condition puisqu'elle savait non seulement lire écrire et compter, mais chanter et déchiffrer. Ses premiers maîtres, grands amateurs d’art lyrique, avaient détecté dans sa voix méridionale chaude et lourde, faussement rauque, toute la richesse d’une alto et lui avaient fait enseigner le chant prénatal. C’est ce dernier point et leur recommandation enthousiaste figurant au dossier, qui avaient emporté l'immédiate adhésion du couple.
 
 Le cuissage se déroula correctement ; elle n’était point vilaine, il était vigoureux… La fécondation eut lieu dès la première semaine suivant l’ovulation, délai satisfaisant pour tous.
Le premier trimestre avait été semblable à ceux qu’elle avait connus pour ses trois premiers petits, longue période nauséeuse et somnolente qui l’avait laissée exsangue et amaigrie, se pensant dégoûtée à jamais de la grossesse. Au cours des deuxième et troisième trimestres, elle put enfin manger sans restriction ; elle faisait l’objet d’un contrôle scrupuleux mais discret de ses menus, de ses lubies alimentaires et de son poids. On l'avait installée dans une chambre douillette, au rez-de-chaussée, ce qui facilitait ses allées et venues et constituait pour elle une liberté précieuse manifestant la grande confiance et presque l'estime où la plaçait le couple. Elle percevait une rente confortable sur les intérêts de laquelle elle pourrait vivre sans souci jusqu’à sa prochaine gestation. Les piques et jalousies occasionnelles des filles stériles que ses maîtres avaient mises à son service ne lui pesaient pas, elle en avait pris son parti. La fertilité qu’elle avait reçue comme un don lui était chaque jour sujet d’émerveillement et lui permettait d’affronter, souriante et bienheureuse, les vicissitudes de ce mode de subsistance auquel, quoi qu’elle fasse, elle ne pourrait se soustraire : la perspective de ne pouvoir être épouse et mère à son tour qu’après de nombreuses grossesses encore et à un âge avancé auquel son corps ferait moins bien le tri entre embryons normaux et anormaux, puis viables et non viables, le délabrement du corps accéléré par les gestations rapprochées et les longues périodes d’allaitement, la beauté qui se fâne alors que grandissent les enfants, et l'intolérable nécessité de se séparer, toujours …
Délestée de tout souci matériel pendant ces six mois, choyée, soignée, respectée et chérie par les futurs parents comme une extension du corps de sa maîtresse, elle avait reporté toute son attention de plus en plus inquiète sur les sensations inhabituelles dans son ventre. Cet enfant-là n’était pas, ne serait pas, comme les autres. Elle s’était tue cependant, par intérêt, par superstition, réservant ses mots doux pleurés et ses caresses en quête de mouvement pour les moments de solitude rare que lui laissait le couple. Mais, tout à l’heure, alors que son corps s’ouvrait, corolle fragile ébranlée de secousses, elle ne put retenir plus longtemps ses angoisses.
Elle lâche la main de Marie qu'on lui arrache et la regarde s’éloigner, écartelée sur son brancard, silencieuse malgré la douleur, convulsée de sanglots. "Pardon" ? Pourquoi demander pardon ? Elle n’a pas failli ! Elle s’assied tout au bord de sa chaise, froissant son mouchoir entre ses mains. Son époux se tient debout à ses côtés, en retrait, il pose une main qu’il aimerait mâle et forte sur son épaule ; trop serrée ; il tremble.
 
Loin, au loin là-bas, tout proche et hors de portée, leur destin à tous quatre, scellé huit mois et demi plus tôt, se dénoue enfin. La salle d’accouchement, isolée, molletonnée, ne permet pas aux grognements, borborygmes, hululements retenus entre les dents, plaintes étouffées, cris aussi, parfois, de leur parvenir.
 
 Pourtant, ils ne sont qu’oreilles et empathie, tout entiers tendus vers celle qui leur donnera bientôt son petit, leur bébé.
Les heures, longues, lourdes, peinent cependant à peser sur l’éphéméride des chiffres de l'horloge en plastique qui, chlop! après chlop! au-dessus du lit face à eux, égrène les minutes et s'essaye sans succès à imprimer un rythme à leur attente. Lui, marche de long en long, de large en large, sort fumer, interminablement, puis reparaît après s’être volontairement perdu dans les couloirs, le menton grisâtre comme passé au bouchon qu'il gratte mécaniquement, nervosité, transpiration dans les jeunes pousses de poil dru. Elle, tendon prêt à claquer sous l’effort, se réfugie dans l’immobilité, c'est mieux ainsi, plus simple de se croire hors de portée. Ses yeux voilés contemplent vingt ans en arrière le cabinet médical où le docteur, trop adorable, trop souriant, lui délivra l’incontournable diagnostic de sa stérilité. L’espèce humaine était en voie d’extinction, un virus avait gagné la planète entière, miracle des voies de communication internationales, et après des mutations délétères, s'était rendu capable de détruire dans le ventre des mères les utérus des petites filles et, beaucoup plus rarement, les testicules des petits garçons. Si son but avait été d’éradiquer la race humaine, il ne lui était point nécessaire de toucher les deux sexes... De rares individus, comme il en est toujours, s’étaient montrés résistants à ses effets, dotés de mécanismes immunitaires hors normes qui quoique le plus étudies au monde demeuraient encore incompris. Trop rares sans doute pour garantir la pérennité de l’espèce mais enfin, depuis un siècle, on se battait. Comme toutes les petites filles depuis lors, elle s’était rêvée enceinte jusqu’au jour de sa première échographie, pour l’entrée à l’école. L’opérateur, blasé, n’avait pas pris de pincettes pour commenter les nuages de points mouvants sur l’écran, où se révélaient des ovaires inutiles et le vide, là ! là où dans ses livres on voyait un bébé trop serré dans le ventre de sa maman, tête en bas. Le médecin, le soir même, n’avait pu que confirmer. Sa douceur infinie, les explications scientifiques puis la première ébauche d’éducation gestationnelle… un protocole … la petite fille n’en oublierait pas le moindre détail.
Ses yeux perdus dans le vague s’assèchent, ses pupilles se contractent ajustant sa vue à la pièce qui l’entoure, présente au monde à nouveau, attentive à cet instant qu’elle espère depuis qu’elle a relevé la tête et fait son deuil. Elle le pressentait long mais du moins irrigué d’excitation, d’impatience et de bonheur, il se révèle contre toute attente d’une intensité dramatique très légèrement au-dessus de ses forces. Combien de temps a duré sa rêverie ?
 
De l’autre côté de la porte qu’ils guettent, l’accouchement a commencé. La tête s’engage, nez en l’air, l’obstétricien le repousse et le retourne, Marie se sent vache laitière et hurle, douleur et protestation, la progression reprend très vite, déchirement, arrachement, viol à l’envers, la tête est passée, enfin, et tout le corps suit.
 
 Ils font tous cercle autour d’elle, et dans un parfait ensemble les têtes esquissent un mouvement de recul. Plus un mot, des chuchotements, l’enfant qui est enlevé très vite au lieu d’être posé sur son ventre, l’aréopage des spécialistes qui se disperse en hochant la tête, front soucieux, abattu. Que s’est-il passé, elle l’entend pleurer, il est bien vivant mais que s’est-il passé, mon Dieu, rendez-le moi, que lui faites-vous, vous devez me le dire si vous l’opérez, s’il est anormal, vous êtes obligé. On la sédate, et tandis que la délivrance achève ce cycle et qu’elle lutte pour se maintenir éveillée, l’obstétricien lui explique avec des mots simples et crus qui la percutent un par un. L’enfant n’a pas de bras. Il n’a pas de jambes. On est en train de le passer à l’échographie pour dépister des malformations internes, mais ses organes semblent parfaitement constitués y compris l’appareil reproducteur qui est bien reconnaissable, mâle. Elle savait. Elle ne pouvait rien faire de plus que chanter pour lui et caresser sa tête. Elle ne pouvait rien faire.
 
On lui apporta finalement l’enfant exaspéré qui hurlait à pleins poumons sa faim. Emmailloté il eût presque pu paraître normal, simplement plus léger. Il était brun, très chevelu, beau à sa manière de boxeur éreinté yeux flapis paupières ridulées de crispation, et cependant point trop rouge et fripé comme on voit souvent les tout petits enfants. Ses yeux seraient noirs. L’ayant contemplé enfin à satiété, elle ouvrit son corsage, et l’installa, tout raidi encore et hurlant, au creux de son bras gauche, positionna fermement sa tête contre le sein qu’il respira une seconde avant d’ouvrir enfin tout grand la bouche et d’engloutir le mamelon dans un grognement agacé qui se mua en déglutitions puissantes, régulières, apaisées. Il tétait parfaitement, nez écrasé sur la mamelle, langue à demi sortie, aspirant du palais et de toute la bouche sans utiliser ses lèvres. « Là, là, un sein ne te suffit pas, mais la nature est bien faite petit monstre, il y en a deux ! »

Par Mariléti - Publié dans : A SUIVRE : De la Maternité
Jeudi 23 juin 2011 4 23 /06 /Juin /2011 16:51

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- Comme tu étais belle dans ton costume de lumière, empaillettée de partout, même si j'ai dû te maquiller et que y'a pas à dire une petite fille de huit ans maquillée ça continue de me choquer. Tu évoluais, gracile, sur la scène, avec aisance et dinstinction. "L'année prochaine je veux faire des claquettes, j'en ai marre de la danse classique". Eh ben non, tu prends trop de plaisir, je le vois bien là. Et puis franchement ... des claquettes ??! Alors je vais encore m'arracher les cheveux pour trouver le moyen de t'emmener à tes leçons chaque lundi soir, ce sera la course, on mangera de la pizza une fois par semaine et on se couchera à pas d'heure et peut être même pas lavées ... tant pis. 

- On ne parle presque plus de DSK, en tout cas plus quotidiennement. Il s'est fait bouler par Georges Tron. Ben faut dire c'est quand même plus vendeur un ministre en exercice qui mettrait les orteils de ses collaboratrices dans sa bouche. Chapeau bas mesdames, pour avoir osé vous lever et protester publiquement. La justice décidera des suites à donner à vos plaintes, mais votre démarche est en tout cas admirable de courage.

- Vous avez vu que Christine Boutin se présente à l'élection présidentielle "parce que l'état de la France" le lui impose ... ? Je n'ai pas encore fini de rire personnellement.

- Je déteste les gens qui appellent Aubry par son prénom. Ou Royal. Ou même Le Pen. Est-ce qu'on parle de François (Hollande), de François (Bayrou), de Nicolas, de Dominique ... ? Je trouve ça sexiste au possible. Je n'ai pas envie qu'elles soient mes copines, je me fous qu'elles soient proches de moi, j'ai envie qu'elles existent (sauf une, devinez laquelle) politiquement pour leurs idées et pour rien d'autre. Cessons cette familiarité qui dénigre, c'est insupportable.

- Ce blog rouvre ses portes. Je vais tâcher de m'y faire plus assidue. Je renoue difficilement avec l'écriture, et il devrait m'y aider, il l'a déjà fait par le passé, je croise les doigts.

Par Marie-Laetitia
Jeudi 23 juin 2011 4 23 /06 /Juin /2011 10:52

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Je ne sais pas vous, mais moi j'adore la fête des mères. J'adore les trucs approximatifs, plus ou moins moches mais teeeellement attachants que ma progéniture me concocte. J'adore les messes basses, le cartable qu'on met exceptionnellement dans la chambre "parce que...... j'ai besoin de ma trousse !", les récitations-révisions au papa, les fous rires gloussés en finalisant l'ultime dessin qui sera plus beau encore que le précédent, et toutes ces petites futilités qui annoncent que ouais, c'est bien MA journée.

Rien qu'à moi.

La journée au cours de laquelle j'aurai encore plus de bisous et de câlins que d'habitude.

 

Et pourtant ce week end on a dérogé à la tradition : on a lâché les mouflettes chez leur Tonton.

Pas de petits pas empressés ce matin pour venir me réveiller, mais la délicate fraîcheur d'une chambre d'hôtel climatisée. Rah. Et hier soir LE restaurant que même en rêve tu te le payes pas.  Et la preuve c'est que je l'ai gagné. Je vous ai pas dit ? Je fais des concours par internet, c'est ma tocade, et je gagne en plus!  Pouf pouf.Or donc, hier soir on s'est fait cocoter au Grand Monarque à Chartres et je le dis avec d'autant plus de naturel que ce blog n'a jamais connu de billets sponsorisés, on s'est ré-ga-lés.Foie gras poelé, asperges façon marinière, carpaccio de veau, rouget et ses petits pois frais, poularde aux morilles ... je ne sais plus ... je me souviens vaguement qu'après la coupe de Champagne, les deux bouteilles de vin de Loire, mon étonnement a viré au fou rire lorsqu'on m'a apporté mon deuxième dessert, après le café de clôture de l'homme, et que j'ai juré que non, on ne m'y prendrait pas, jusqu'à ce que je jette un oeil sur la chose chocolatée qu'on m'avait servie. On a regagné notre chambre, c'est une certitude puisqu'on s'y est réveillé ce matin, mais comment ...

 

Georges 1

Début du repas, après juste une coupette de Champagne

 

 

Georges 2

Fin du repas ...


Alors oui y'a bien eu un petit pincement au coeur au moment du petit déjeuner, quand le viking m'a apporté non pas un café au lait au lit avec des tartines et deux lutines hystériques pressées de déclamer leur poésie en "man" du jour, mais un café d'Ethiopie avec du lait bio dedans, deux croissants, un pain au chocolat, un jus d'orange fraîchement pressé, etc. J'ai balayé d'un coup de cuillère les scrupules et je me suis vautrée dans le luxe. Ouais. Et c'était bien bon.

 

Et malgré les suites d'ivresse je n'ai même pas oublié d'appeler ma maman chérie. Je t'aime ma petite mamounette.

Par Mariléti - Publié dans : Journal de bord de mère
Dimanche 29 mai 2011 7 29 /05 /Mai /2011 20:07

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Avant que d'emménager en province - ah ben si, c'est la province, j'ai un numéro de téléphone en 02 et ma fille n'a pas les vacances en même temps que Paris - nous habitions dans une ville moyenne de banlieue parisienne, plutôt cossue et bien fréquentée, où la délinquance se bornait à faire exploser des pétards dans le jardin des voisins qu'on n'aime pas et à ne pas payer son ticket de bus ... C'était gérable. La police municipale se pavanait dans des véhicules flambant neufs (mouafffff flambant) et des uniformes de cow-boys castrés (sans flingues) et effectuait des rondes dissuasives au ralenti dans les petites rues. Y'avait bien une MJC mais pas une seule casquette de rappeur devant. Etonnant. Bref.

Ma minette deuxième était en nourrice - pouf pouf, chez une assistante maternelle - à un bout de la ville, et nous habitions à l'autre. Trois kilomètres de distance - et je rappelle aux esprits moqueurs que j'ai pas le permis. Lorsque c'était à moi d'aller la récupérer chez la dame, qui ne tolérait pas la moindre minute de retard - et je la comprends au fond : vous feriez du rab à l'oeil, vous - je me fadais donc dix minutes avec la poussette pour rallier l'abribus de la navette transurbaine qui me ramènerait à bon port. Qu'il pleuve, neige, vente. Et il pleuvait, neigeait, ventait, presque toujours quand c'était MON soir. Allez comprendre.
On voit souvent les mêmes têtes dans les bus, et on finit par connaître la vie de personnes à qui, pourtant, on restera toujours étranger, simplement parce qu'elles papotent entre elles.
C'est de cette manière, d'oreille traînante et lasse, que je commençai d'entendre parler de cette nouvelle infraction mineure mais lourde de conséquences qui était apparue en ville et défrayait la chronique (c'est dire si qu'on avait des trucs à se raconter hein) : un allumé, un salopard, un dégénéré ou juste un petit con, s'amusait à balafrer tout en longueur les carrosseries des bagnoles, surtout les grosses, un peu partout en ville. La police municipale était aux abois, pensez hi hi ils n'avaient rien eu d'aussi palpitant à se mettre sous la dent depuis pfffou au moins l'Histoire de la Panne Informatique du Distributeur à Billets!, et je le savais parce que la dame qui en causait, ben son mari en était membre. De la police municipale. "On" soupçonnait un malveillant esprit révolté de vouloir punir le bon bourgeois. L'information, répétée et étayée soir après soir,  se fraya un chemin jusqu'à mon neurone à mémoire, et y resta. Un peu comme on garde un sac plastique au cas où qu'il resservirait.Un jour. Sauf que là, le jour arriva bien vite.  Ce vendredi soir de septembre, rendue à mon arrêt, je manoeuvrai comme d'habitude seule la poussette démesurée, la descendis sans qu'aucune âme charitable masculine ou féminine ne vînt me prêter main forte, ou faible j'aurais pris aussi, et m'extirpai du véhicule communautaire en faisant un merci et au revoir au chauffeur que je connaissais bien. Voilà, j'étais enfin sur mon trottoir, à deux pas de chez moi. Quasi rendue, enfin, et en week end !

Sous l'abribus, y'avait une petite vieille. Toute menue. Sont souvent toutes menues les vieilles bien vieilles. Racornies comme des Golden qui n'ont pas pourri mais desséché. Elle n'attendait pas le bus, elle passait juste par là, et s'était arrêtée pour me regarder en descendre seule et pestant ; elle m'observait à présent, les yeux étrécis, m'escrimer avec mon catafalque à roulettes pour contourner par la route un gros 4x4 garé en dépit du bon sens à 65 cm des bornes de délimitation du parking du Prisu, lequel était d'ailleurs quasiment vide c'est dire si le conducteur était pas un gros con de bouffer le trottoir avec son engin. Je râlais, pensez bien, à haute et intelligible voix, contre l'andouille phallocompensé du V8 ! Aucune visibilité pour contourner, pas le bon côté de la route, les voitures qui me contournent en train de contourner, la nuit qui tombe, la pluie aussi... Le bazar ! Et quand j'achève enfin ma manoeuvre par l'asphalte, au péril de ma vie ! - bon ok, il est passé deux voitures à 2 à l'heure -  la dame a également fini de contourner, par les 65 cm disponibles, le véhicule. Je la vois m'adresser sous son sac plastique à cheveux de vieille dame un immense et lumineux sourire et ranger dans son cabas noir son trousseau de clés qu'elle n'avait pas en main, j'en suis certaine, avant que j'entame mes exercices de créneau avec poussette .... Elle s'éloigne à petits pas mesurés, point pressée ... Un tilt se fait jour dans mon esprit embrumé, je m'enjoins à n'y point croire, non c'est pas Dieu possible ... Je cale le frein de la poussette et reviens sur mes pas. Depuis le phare avant jusques au réservoir, dans le beau noir métallisé du monstre, une énooooooorme rayure toute fraîche, encore bordée de tortillons de la peinture arrachée, saute aux yeux.
Vite vite, je m'éloigne du lieu du crime, que je cautionne mais n'ai guère envie de prendre sur moi. !!
Bon sang, j'ai coincé le Gang des Griffeurs, et il met du Daxon !
Pensez bien que j'en ai jamais rien dit à personne, mais elle a fini par se faire coincer quand même.
Aux policiers qui l'interrogeaient puis au juge qui l'a condamnée à une belle amende (merci madame la femme du policier), elle aurait dit sans en démordre jamais  que tant que la police municipale n'enverrait pas les cons à la fourrière au lieu de patrouiller le cul au chaud dans ses ZX de fonction, elle continuerait de rayer les voitures même si toute la quotité disponible de sa petite retraite devait y passer en amendes. Eh ben j'en ris encore.

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Les gens
Lundi 21 mars 2011 1 21 /03 /Mars /2011 06:32

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http://www.ec-vilar.ac-aix-marseille.fr/spip/IMG/jpg/Mozart.jpg

 

Un mien ami, grand, très grand amateur de Mozart et très bon père de famille, fait régulièrement découvrir à sa Camille de fille les oeuvres majeures du répertoire classique, lui énonçant systématiquement le compositeur, et le nom de l'oeuvre "ça tu vois ma chérie, c'est Mozart, c'est le Requiem" "Ca tu vois ma chérie c'est ..." il faut bien l’avouer, et il y sacrifie, Mozart étant « le plus grand » revient souvent ! Le Mimillon est âgé de 2 ans à peine, mais il n'y a pas d'âge pour apprendre n’est ce pas ? Le jour de la fête de la musique arrive, la demoiselle est dans sa poussette, sucette en bouche, chapeau rose en velours milleraies vissé sur la tête, doudou en main, ses petons joliment dodus enserrés dans des chaussettes semblant trop petites dépassent de ses sandales, elle est adorable et très sage. Il fait beau, et la musique semble partout attirante et douce. Les parents déambulent entre les musiciens et groupes improvisés, et au gré de leur promenade, tombent sur le grand orchestre de Radio France. Les passants s'arrêtent tous pour écouter, s'asseyent ici et là, cessent de baguenauder et se laissent gagner par la mélodie puissante, les cordes, les cuivres, se répondeant, les motifs entremêlés se rejoignant pour se séparer, on est là dans du beau, du très beau ; le chef d’orchestre est habité, transcendé par la musique. Camille ouvre tout grand ses oreilles et son âme, concentrée à l’extrême, tétant dans une succion furieuse sa sucette rose. Dix minutes s’écoulent ainsi ; absorbée, fascinée par les gesticulations du petit bonhomme en queue de pie, émerveillée par le timbre des instruments, elle tète, elle tète, puis tout à trac sort la sucette de sa bouche et à la stupéfaction des auditeurs présents énonce fort et clair, et avec une parfaite exactitude malgré son sseveu sur la langue un "Ca, c'est Mozart !" qui fait même se retourner les musiciens. Fier le papa ? Il avoue avoir tenté d’éduquer l’oreille de sa fille à d’autres grands mais désespère de lui faire pour l’instant distinguer Brahms de Rachmaninov. Camille a aujourd’hui cinq ans …

Par Hemipresente - Publié dans : Tendresses
Jeudi 3 mars 2011 4 03 /03 /Mars /2011 15:43

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