Mars ! Mars oublié ! Au réveil l'air n'était plus le même !
Mars peut tout oser !
Averses en giboulées, gelées comme sursauts ultimes, l'hiver s'en va.
Ah joyeuse surprise de ce petit matin, pluie torrentielle, qu'importe !
Mars est là !
Le soleil reconquiert une ancienne vigueur.
Les chats dans les jardins fourbissent l'attirail
Griffes, dents, vocalises pour leur champ de bataille.
Mars, la tête me tourne !
L'air léger sur ma peau...
Vent - qui rabat la pluie en rideaux, vent qui revêt des parfums maritimes.
Mars allait revenir et je n'y pensais plus !

Par Hemipresente - Publié dans : Pwouèsi
Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 21:29

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« - Et moi maman, pourquoi je n’suis pas mon nez ?
- Ca t’arrive mon cœur.
- Quand ? »


Lorsque tu passes tout près de la lavande qui déborde sur l’allée et que ton épaule menue s’y frotte, faisant presque apparaître un nuage de son parfum piquant et mauve aussi impalpable et pourtant perceptible et présent qu’un génie sortant de sa lampe, lorsque le regard et les narines attirés par le massif, tu tournes la tête, tout enivrée, et ne peux retenir ta main qui caresse les fleurs naissantes et les bourgeons… tu suis ton nez. 

Lorsque tu débaroules, le sourcil haut et l’air de ne pas y toucher, dans la cuisine close à l’atmosphère un peu confinée d’où montent à ta chambre malgré la hotte les effluves de compote bloubloutant à fond de casserole, que tu tires ton petit tabouret sous le bar pour te hisser à bonne hauteur et contempler ce qui se mijote, sans mot dire, tes yeux qui pétillent d’impatience et de fringale contenue quémandant la cuillère en bois que je vais bientôt te tendre, soufflant bien fort dessus, la main gauche placée en coupe prête à recueillir la précieuse goutte des gourmandes qui ne manquera pas de choir … tu suis ton nez. 

Lorsque tu plonges les doigts et la bouche en bisou dans les poils de ventre du chat abandonné pattes en l’air dans cette position torsadée qu’il affectionne, sa bedaine grassouillette chauffée par le rai de soleil qu’il envahit laissant apparaître ça et là dans la fourrure noire moins dense et duveteuse les tétounes inutiles de mâle dans des touffes blanches, que tu t’étourdis de son ronronnement conquis et t’en relèves l’œil mi-clos, le sourire bienheureux en t’exclamant « il sent le nounours ! » … tu suis ton nez.




Par Marie-Laetitia - Publié dans : En douceur
Mardi 1 mars 2011 2 01 /03 /Mars /2011 14:42

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Lady Chatterley c'était quand même vachement plus cochon quand j'avais treize ans.

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Quand j'étais
Lundi 24 janvier 2011 1 24 /01 /Jan /2011 05:32

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Elles sont à table, la petite table réservée, guéridon en marbre blanc veiné de gris qui les accueille au petit déjeuner et sur lequel certains soirs nous les faisons dîner lorsque nous sommes trop fatigués, trop las, pour avoir faim. Elles aiment cet espace qui n'est qu'à elles, et ce moment partagé, et si les repas familiaux à "la grande table" sont tout aussi appréciés, je sais que ces dînettes entre soeurs les ravissent. Elles s'attablent avec appétit, s'enquièrent de la composition du repas, s'installent sur leurs chaises bien hautes, elles devisent gaiement, la grande raconte sa journée et la petite essaie de temps en temps de placer un mot lorsque sa soeur reprend son souffle ... Je garnis les assiettes. Elles sont diversement accueillies et selon le menu je sais que je devrai parfois rester tout près pour stimuler, encourager, inciter, sans forcer mais pour pallier l'étourderie qui souvent les saisit, dans le feu de la conversation si le repas proposé n'est pas tout à fait au goût de leur gourmandise. La grande parle, parle, parle ... Les heures d'école sont déroulées en mots, nous apprenons dans cette volubile exubérance développée pour sa seule petite soeur tous les petits ou grands événements de sa journée : disputes, jeux, chutes, amours nouvelles et amours perdues, punitions, faits d'armes ... La petite, en adoration, n'en oublie pas pour autant de regarnir régulièrement sa fourchette., et bien vite son assiette est vide. Concentrée, tendue vers son aînée qui bavarde entre deux bouchées, elle tortille paisiblement ses petits pieds, que le plus souvent elle n'a pas trouvé le temps de chausser ; elle les monte, contre un mollet, les tourne et retourne, caresse l'un contre l'autre, les redescend, croise enfin ceux de sa soeur. L'aînée tout absorbée dans son discours haletant, laisse à son tour palpiter son excitation et son enthousiasme, et au bout de sa jambe jamais en repos, ses orteils rencontrent ceux de sa cadette. Les petons qui se sont trouvés s'unissent l'un à l'autre, s'appuient, se palpent, s'entrecroisent, machinalement, pour finalement ne plus bouger. "Je suis là, tu es là". Pendant quelques minutes, se retrouver, se raconter, être bien ensemble, presque seules au monde, paisibles, entourées, aimées, seules à elles-mêmes, pour quelques instants encore.
Voilà, l'assiette est terminée, les jambes se délient, le fromage sur une belle tranche de pain, puis le fruit. Vives, rieuses, elles quittent la table en fuyant mes bras qui s'avancent, menaçants, haut par-dessus ma tête, doigts bien écartés, pour les cueillir et les chatouiller jusqu'à plus soif, volée de piafs hurlants éparpillée devant mes pas. 

Par Marie-Laetitia - Publié dans : En douceur
Dimanche 5 décembre 2010 7 05 /12 /Déc /2010 06:21

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(rediff)

 

Le ouikènde dernier, mon homme de ma vie à moi que j'aime de tout mon coeur, s'est résolu d'un seul coup à teinter la super chouette commode en bois brut qu'il avait récupérée d'un client divorcé qui vidait sa baraque, écoeuré, et ne voulait plus rien savoir de sa vie d'avant. Top moumoute la commode ! On était ben contents ! Il l'a démontée, remontée, et elle trône depuis quelques semaines dans notre salon et s'est tellement vite remplie qu'on se demande bien comment on a pu faire sans, avant.

C'est un sacré beau meuble, un bon mètre quatre-vingts de large pour, à la louche, une jambe d'Hémi de haut et un bras de profondeur ; deux séries côte à côte de trois grands tiroirs et deux petits, du contenant et de l'allure.

Seulement dans une maison avec deux enfants à mains rarement propres, à chaussures traînant ici et là y compris n'importe où si c'est pas malheureux, un chat maniaque du grattage de caisse doté de coussinets certes antidérapants mais perpétuellement moites qui trimballent des graviers blancs partout à sa suite, et un chien acrobate à poils blancs durs, un meuble en bois clair non verni c'est même pas la peine d'y penser, autant jeter tout de suite.

L'homme avait donc acheté tout bien ce qu'il fallait il y a quelque temps : un gros pinceau large, un petit pinceau râblé, de la belle teinture chêne foncé, pour mettre par-dessus un vernis satiné acrylique sans odeur, du qui résiste aux chaussures, aux tasses de chocolat avec une paille qui goutte, aux vases renversés par une course-poursuite à huit pattes et deux queues, aux petits accidents de la vie domestique. Restait plus qu'à trouver surtout le temps et aussi un petit peu faut pas se leurrer le courage de s'y coller, lui ou moi.

Quand même... Malgré la mention "sans odeur", il était méfiant, l'homme. Alors comme il faisait tellement beau, il a préféré oeuvrer en extérieur pour ne pas asphyxier tout son petit monde, surtout que la nôtre grande zouzou nous fait de l'asthme de temps à autre. Il s'est donc escrimé à sortir le catafalque sur la terrasse, devant le d'vant de la maison, et il a fait sa teinture, cependant que, crevée vu que j'avais repris le boulot et pas lui, j'allais me siester avec des grosses boules quies au plus près des tympans. J'avais pris cette précaution à cause qu'on a dans le voisinage, malheureusement imprécisément situé, un fâcheux qui joue périodiquement de la guitare électrique avec ampli le samedi après-midi. Fâcheux est un bien faible mot, mais je n'avais pas l'âme guillerette, à la veille de voir la vague Sarko s'abattre sur la France, et me sentais point prête à moucharder à la police municipale. Une couche, deux couches, on laisse sécher. Bon, ça me laissait un peu de temps tout ça, et j'escomptais qu'entre deux, il vienne me rejoindre dans la nôtre, de couche, mon viking.

Quand je me suis réveillée deux bonnes heures et demie plus tard, émergeant difficilement de mon lit douillet et sa couette essentielle, seule, c'était Guernica (1) au rez-de-chaussée. J'avais bien vaguement entendu des bruits un chouia pénibles à travers mes limbes (2) de conscience perdue entre sommeil et veille, mais j'avais voué le fâcheux susnommé aux gémonies, m'étais tournée de l'autre côté en grommelant et marre.

Lorsque j'ai fini par ôter mes protections auditives, quelle ne fut pas ma surprise de constater que ces mêmes bruits qui ne m'avaient atteinte que tamisés, étouffés, méconnaissables, émanaient de mon doux époux rugissant ... Mathilde hélée par ses efforts répétés et sortie plus tôt que de coutume de son lit lui parlait de la mi-escalier et il lui répondait, le souffle court, de m'aller quérir au plus vite because le meuble il allait tout se péter la goule dans pas longtemps. Je n'attendis pas la remontée de la messagère. J'enfilai mon futal et même pas de chaussons ce qui dénote chez moi une pression confinant au stress intense, et dévalai les deux étages qui nous séparaient, l'homme de ma vie, ouvrieux, et moi, ensuquée.

Je trouvai mon chéri tout rouge de rage autant que de fatigue, coincé dans l'encadrement de la porte, le vestibule jonché du contenu d'une bonne partie des dix tiroirs de la commode (ah mais c'est vrai tiens, on ne l'avait pas vidée... ca fait lourd ...), laquelle n'avait plus du tout la jolie forme de parallèlépipède rectangle que je lui connaissais, ou alors avec une méchante distorsion sur le côté... à bien y regarder, sur les côtés...

    "Mais bordel qu'est-ce que tu foutais ? ca fait un quart d'heure que je gueule !"

Pas moyen d'y couper, j'ai posé la question qui dans ce genre de situations déclenche les foudres :

    "mais qu'est ce qui s'est passé ?"

avec le regard effaré qui allait bien avec je présume, parce que ça a eu l'effet prévu, il était tout colère.

    "Merde ça se voit, non ? (si...) Cette conne de commode est en train de se casser la gueule de partout ! quand je l'ai rebasculée à l'intérieur elle est partie en cacahuète le dos s'est tout barré, les escargots ont explosé, je sais même pas comment on va faire pour la rentrer, putain elle est foutue ! il a fallu que je reste là à tenir les morceaux entre eux sinon elle aurait explosé ! bordel j'ai pas arrêté de t'appeler pour que tu viennes m'aider !"

Moi devant une telle avalanche de gros mots, je me suis fait toute petite et j'ai prestement réprimé le fou-rire qui ourdissait un complot dans mon arrière-gueule quand je me figurais mon chéri d'amour coincé dans l'entrée pendant une demi-heure à soutenir le meuble branlant en hurlant exaspéré pour que je vinsse lui prêter main forte, alors que moi je ronflais peinardement et sans aucun remords en m'enfonçant plus loin les bouchons d'oreilles. J'ai perçu instantanément avec cette féminine intuition qui me caractérise sans faillir jamais, que l'humour de la situation ne lui serait pas immédiatement accessible...

Avec beaucoup de sérieux et de docilité, j'ai attrapé l'autre bout de la commode, on a tiré, poussé quand il a voulu, vissé quand il a fallu, et on a réussi à la remettre à sa place.

Epilogue :
Les deux coups de vernis acrylique sans odeur ont été donnés à l'intérieur ...

Par Marie-Laetitia Gambié - Publié dans : L'homme
Dimanche 31 octobre 2010 7 31 /10 /Oct /2010 20:58

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Une bien belle vieille dame, cheveux tout blancs, se précipite au ralenti sur le quai. Sa démarche n'a plus guère la grâce d'antan ; elle emprunte à présent à l'extrême retenue de ces grands oiseaux échassiers que l'on voit parfois déambuler dans les étangs déserts entre brumes et jour naissant ; promeneurs aux aguets soulevant au-dessus de l'eau en des gestes emprunts d'une rigoureuse lenteur une patte frêle, à demi-repliée, prolongée de doigts immenses aux phalanges innombrablement plissées, leur progression glissée qui ne dérange pas même les larves patineuses de surface évoque quelque mécanisme dissimulé à chenilles, qui conjugue immobilité des éléments au sol et mouvement de ceux qui le quittent, illusion d'optique créée par la fusion de deux référentiels. Pareillement, elle avance les jambes sans bouger le tronc et sa tête semblant retenue par des fils propres accompagne la progression sans paraître rattachée au corps, l'oeil aimanté au panneau indicateur des arrêts et horaires. Retenant un ahanement que se permettent souvent ces vieilles gens qu'elle abhorre, elle se hisse à grand' peine à bord du train qui ne partira que dans vingt minutes ; elle quitte sa veste de lainage, échange ses lunettes pour voir de loin qu'elle glisse dans son grand sac de plage contre une paire plus légère, s'assied dans le sens de la marche à une place lui permettant de garder un oeil sur toute la voiture, et ouvre avec gourmandise son livre en cours. Elle s'absorbe si pleinement dans sa lecture que lorsque je toque à sa fenêtre pour l'avertir de l'arrivée d'un train de même destination de l'autre côté du quai, et qui partira le premier, elle ne comprend d'abord pas d'où lui parvient ce signal ; puis elle soulève la tête et m'apercevant, très floue, qui gesticule de l'autre côté de la vitre, elle baisse ses lunettes, sourcils arqués dans une mimique interrogative. De l'index de ma main qui ne sert pas de marque-page à mon livre en cours, je lui désigne, en face, le train qui lui fera gagner quinze bonnes minutes. Elle replie ses affaires en toute hâte, à sa manière à elle ; la descente des trois marches immenses du wagon semble aussi laborieuse que la montée ; je tourne les talons pour ne pas l'embarrasser quoique la contemplation de ces mouvements si justement adaptés à sa carcasse douloureuse me fascine, et me dirige, moi aussi, vers le bon train. "C'est très gentil vous savez, ça fait du bien" elle ajoute le front plissé "parce que parfois, vous savez, je désespère ...". Elle a une voix chaude, une bonne voix, teintée d'un léger roulement des r qui me la révèle slave, émigrée, fatiguée mais non lasse, prête à tout pardonner pour un sourire rendu. Voyez, tout n'est pas foutu Madame.

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Les gens
Dimanche 31 octobre 2010 7 31 /10 /Oct /2010 05:24

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