Pourquoi "Petites invitations à la lenteur" ?

J'ai retrouvé dernièrement, un peu malgré moi et puis, finalement, tout entière consentante, le goût pour cette conformation particulière du caractère, si amplement décriée dans notre société de l'universellement possible et disponible qui ne tolère pas les temps morts : l'état de lenteur. Enfant, je me suis vu épargner un saut de classe pour ce motif "trop lente", et grand bien en a pris à ma maîtresse de maternelle, qui m'a ainsi fait don d'une précieuse année d'enfance supplémentaire.
(1)

Ma fille aînée semble elle aussi affligée de ce travers si fortement combattu, et sa maîtresse qui par ailleurs loue ses facultés et compétences, me le rapportait avec un petit air penché un peu inquiet "Mathilde est un peu lente, un peu rêveuse, parfois elle s'envole vous voyez ?". Je vois bien, très bien.

Comme l'a fait méthodiquement avant moi le remarquable Pierre Sansot, d'une manière qui ne souffre pas la comparaison et là n'est pas mon but car je ne me situe pas dans l'essai philosophique mais dans la pratique rigoureuse, je me défie par principe des agités permanents, des hyperactifs en fuite, que seule l'attente d'un après par définition inaccessible fait survivre à l'insupportable et stagnant magma du Présent. Ces personnalités insatisfaites de l'Etre qui ne surbsistent que dans le Devenir, dans la projection, m'épuisent.  Adulées, portées aux nues, vénérées par un système de valeurs qui glorifie l'action au détriment de la réflexion, elles pullulent et imposent leur rythme haletant à tous.

Je revendique pour ma part ma très grande propension à la contemplation muette, et j'aimerais savoir offrir à mes filles l'aptitude à jouir de l'ici et du maintenant. Ces petites chroniques que je tisse ici procèdent toutes de cette mission éducative fondamentale que je me suis fixée : leur apprendre à se sentir vivre, non point dans l'accélération permanente, mais dans le plaisir toujours renouvelé de l'immobilité, du silence, du temps mort, du soupir enfin.

Marie-Laetitia

______________________

(1) Madame Techner, si le hasard vous porte un jour sur ces pages : je vous aime.
Par Marie-Laetitia Gambié - Publié dans : Petites invitations à la lenteur profession de foi
Mercredi 4 novembre 2009 3 04 /11 /Nov /2009 13:32

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Déjà gamine ça ne loupait ja-mais : je tenais bon pendant sept semaines, luttant âprement contre les microbes, puis dès le premier jour des vacances les vaillantes petites défenses immunitaires qui avaient repoussé encore et toujours l'envahisseur (Asterix à la mode Actimel, voyez ?) capitulaient et c'était la curée. Haro sur les ganglions ! Sus aux amygdales ! Otite ! rhinopharyngite ! bronchite ! sinusite ! rhinite ! laryngite ! trachéite ! Ramenez-vous par ici, c'est la teuf ! Toutes les "-ites" paradent !

 

Cette année c'est un peu revival du coup : entre le Viking, les puces et moi, ça fait un mois et demi qu'on est dans la morve. Jaune, puis verte, puis parfois un peu sanglante.


A force d'ordonnances et d'automédication, forcément, je suis devenue la meilleure copine de ma pharmacienne, qui, dès que je franchis les portes automatiques sort l'Efferalgan pédiatrique des rayonnages. Oh elle me connaît bien maintenant : elle a enregistré que ma carte vitale ne fonctionne pas et que j'en attends une nouvelle depuis plus de six mois, elle sait où j'habite et qui est mon médecin traitant, on papote de tout et rien pendant qu'elle remplit mon sac d'une nouvelle fournée d'antipyrétiques - antalgiques - antitussifs pour la semaine. Elle est sympa, et je ne devrais pas lui en vouloir au fond....

Mais quand même...

Quand même, hier, elle m'a achevée...

"Bonjour Madame Gambié ! Comment allez-vous aujourd'hui ?"

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Humeur du jour
Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 05:43

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"Nan la banane je la veux pas en entière !
- en entier mon amour. Pourquoi donc ?
- elle est toute marron et elle pue, chui sure qu'elle est pourrie.
- mais enfin rossignol de mes jours (on ne dit pas "puer" sauf quand on parle de tes chaussettes, trésor), penses-tu que ta mère adorée oserait faire franchir le seuil de tes lèvres à une nourriture autre que tip top moumoute d'la mort qui tue ?
- elle est moche et elle sent trop fort. Pourquoi tu nous donnes toujours des vieilles bananes ?
- ô paisible enfant dont la rosée du matin vient nimber le front et démêler les cheveux dans son sommeil, parle meilleur à ta mère fatiguée qui vient de faire le repas après le ménage et une journée atroce au bureau couronnée par une suppression de train et un voyage en fourgon à bestiaux ; ceci, chère enfant, n'est pas une vieille banane, c'est une banane très bien mûre, nuance ; et pi d'abord y'a rien d'autre en dessert.
- .... j'la veux pas en entière, j'veux une moitière.
- ma douce rose, déjà et d'une on dit pas "jveux pas" quand maman est de mauvais poil et n'a pas pu aller faire de courses rapport que comme une quiche elle reste tout à fait connement et irrémédiablement dépourvue de permis de conduire, et pi, et disons que ça ferait et de deux, on dit pas "moitière" mais moitié , et pour finir et répéter parce que la pédagogie c'est l'art de rendre les enfants réceptifs en répétant cinquante fois la même chose (jamais compris le principe ...) y'a rien d'autre ce soir le dessert c'est banane et point barre !
- ouais ben si c'est comme ça j'en prends pas de dessert, elle est moche et pourrie."

A ce moment-là, femme, de cet échange qui ne préfigure qu'au centième ce que l'adolescence de ta première née te réserve, prends sur toi, si si crois-moi, prends bien fort sur toi, retiens la torgnole pour des jours plus fastes. Respire un bon coup et tâche de te rappeler cet instant de grâce, tout à l'heure, lorsque ta petite qui s'était fait un fort vilain bobo est venue se blottir dans tes bras toute tremblante et, d'un geste mécanique, t'a attrapé le sein gauche comme s'il lui appartenait. Voilà, reste sur cette fabuleuse impression. Zennnnnn. Aooooôôôôômmmmm. Tu te lèves de table et débarrasses et tu passes à autre chose, après tout, la banane c'est pas toi qui l'as faite hein ? Quelle importance ?

"Maman ?
- oui mon ange ?
- c'est obligé qu'on a des petits seins si sa maman elle a des petits seins ?"

....

Aooooooooôôôôôôôômmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm.

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Journal de bord de mère
Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /Oct /2009 05:42

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Ce mercredi, vos beaux-parents vous rendent visite. C'est rare, ils habitent loin !
Les prunelles de vos yeux sont ravies, enchantées, surexcitées et insupportables, et vous, en bonne maîtresse de maison soucieuse de faire bonne impression sur vos hôtes, vous briquez tout, rangez à fond y compris le bordel improbable de vos filles : chaussettes sales dans le bac à Légo, briques Légo dans les petshops, petshops dans les Playmobil, Playmobils entre le mur et le lit, lit colonisé par dix-huit espèces  recensées de nounours et au moins deux ayant été prêtés depuis tellement longtemps que vous n'osez plus les rendre, nounours dans les tiroirs à poupées, poupées à poil, hirsutes, dont les vêtements sont éparpillés jusque sur des étagères dont vous pensiez qu'elles étaient inaccessibles à vos "moins d'un mètre trente"... Vous y passez la matinée, mine de rien, à transformer leur immonde bazar en "chambre où on peut marcher sans s'enfoncer un jouet contondant dans la plante du pied" ! Désespérement seule mais néanmoins entourée de votre marmaille bondissante, inopérante voire contrariante malgré les injonctions mille fois répétées.
Finalement, aux onze coups de ... onze heures, suivez un peu, vous avez réussi à rendre présentables leurs deux antres, et vous vous mettez à laver les sols. C'est qu'un chien, un chat, et deux loustiquettes passant au bas mot vingt heures par semaine dans le jardin, ça n'aide pas vraiment à garder du carrelage BEIGE complètement pimpant... Encore une bonne heure et demie à aspirer, laver, attendre - challenge : maintenir votre portée dans les chambres tout le long des vingt minutes nécessaires au couloir pour sécher, bilan des courses : ratage total, traces de tongs pointure 25 et 29 et trèfles du greffier partout. On dira que c'est de la crasse propre.


Eréintée, vous nourrissez à la hâte votre progéniture de merveilleux ravioli en boîte chauffés à la casserole (faudra pas oublier de la mettre à tremper pour décoller le culottage sauce tomate - pâtes cramées au fond because vous les avez comme d'habitude oubliées sur le feu) et hop : à          la            sieste !
Enfin... à la sieste ...
Douze fois au moins vous allez ordonner à la chanteuse en herbe de se taire pour laisser dormir sa soeur, laquelle au bout de quinze "SILEEEEENCE" hurlés finit par cesser de brailler qu'elle n'a pas sommeil et s'écroûle.
Paix sur la Terre ...

Il est quatorze heures, vos beaux-parents débarquent dans moins d'une heure, vous allez pouvoir vous poser  dans le canapé sitôt que vous aurez remis de l'ordre dans votre touf... coiffure.


Enfin ! Votre demeure rutilante ressemble à une maison-témoin, vous vous êtes (re)fait une beauté, vous vous êtes même relavé les dessous de bras, vous avez changé deux fois de t-shirts ("merde y'a une tache" "putain mais on crève là dedans !"), et vous avez même pu faire genre je suis calme et sereine à l'arrivée de votre douzépoux escortant ses parents.

L'après-midi, ensuite, se déroule dans un calme relatif, votre petite dernière réveillée de la sieste par l'arrivée de Papi et Mamie s'apparente plus au Golgoth moyen qu'à Heïdi, votre grande trépigne de montrer ce qu'elle a appris à la danse classique, le chien jappe continuellement dans le jardin, manifestant ainsi sa forte réprobation de la claustration imposée, mais, bon an mal an, vous êtes contente de vous ! Ah si, et puis vous pouvez : c'est propre, beau, rangé, vos filles sont belles et grâcieuses (et surexcitées) et lorsque vous allez fumer une cigarette avec Belle-Maman dans le jardin vous acquiescez d'un air béat lorsqu'elle vous vante le charme de votre petite maison.

Tout aurait pu en rester là, près, aussi près que possible, de la perfection domestique. Vous auriez pu passer pour la Bree Van de Kamp que vous ne serez jamais. Vous avez failli y croire ...
 

Mais votre cadette va faire son pipi et, traversant le couloir qui brille de mille feux (oui bon on peut broder un chouia quand même), s'exclame si haut et si fort que nul ne peut honnêtement feindre ne pas avoir entendu son émerveillement, sa surprise, et son enthousiasme :

"oh la laaaaaa Mamaaaaaan, t'as tout nettoyéééééééé, ca briiiiiiiiille. C'est supeeeer que t'as tout rangé !".

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Les mômes !
Jeudi 1 octobre 2009 4 01 /10 /Oct /2009 05:58

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"Allô, salut Rolca, c'est Touf, t'as du vailtra pour oim ?
- Salut, écoute non pour l'instant j'ai pas grand chose ... tu me rappelles la semaine prochaine on devrait avoir un début de chantier ?
- Ouais ok, cimer'. Faudra m'trouver du vailtra hein ?"

Rolca, Carole ...
Mon ex belle-soeur.
Elle a travaillé dans une société d'interim de longues années. Elle aimait bien ce boulot, le contact avec les gens, l'ambiance en permanence survoltée, être en prise avec la galère, la vraie de vraie, dont on ne sort que provisoirement, précairement. Elle apportait sa petite, toute petite pierre à l'édifice. Elle en a vu ... elle en a entendu ...


"Bonjour Mme F. c'est M. B. vous me r'mettez ?
- Bonjour M. B. bien sûr bien sûr ... Vous avez besoin de quelqu'un cette semaine ?
- Ouais nan pas pour cette semaine pour tout de suite !  iIl me faut un commis, mais vous m'envoyez pas n'importe qui hein, celui de c'matin il mangeait pas d'porc si vous voyez c'que j'veux dire, j'l'ai renvoyé et plus vite que ça il a pas fait dix minutes, j'veux un BBR ou rien c'est compris ? Z'avez ça en stock ??
- Je vais voir ce que je peux faire".

Elle raccroche le téléphone. Elle note dans le dossier de M. B., un de plus, la mention infâme et infâmante "B.B.R.". Bleu Blanc Rouge. Elle n'enverra plus chez lui non plus de gars un peu typés, vaguement colorés, franchement noirs ou effrontément arabes, même s'ils parlent parfaitement le français et s'appellent Robert comme vous et moi. Elle a essayé au début. Pas la peine, ils tiennent pas deux heures.

Elle repense à Touf, qui l'a appelée tout à l'heure, un type bosseur, courageux, pas de ceux qui la plantent, mais ... Touf c'est pour Toufik.... Elle ne le rappelle pas.

Par Mariléti - Publié dans : Ma colère
Vendredi 25 septembre 2009 5 25 /09 /Sep /2009 06:18

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Il y avait, lorsque j’étais enfant, à Choisy-le-Roi, un benêt sans âge dont on m’avait signalé très précocement la propension avérée à laisser bien ouverte sa fermeture à glissière. L’individu, blond-roux, un regard bleu et vide, le sourire aussi béant que son pantalon, avait été inquiété pour exhibitionnisme, murmurait-on.
Rétrospectivement, il me semble qu’il devait être sans doute un de ces débiles léger à moyen qui eussent en province occupé la place traditionnelle d’idiot du village. Par chez nous, il faisait fuir les enfants avertis et détourner le regard aux mères de famille.

Il était tenu sous bonne garde par les policiers sévères qui assuraient la permanence aux passages cloutés près de l’école. Peut-être était-il un peu buveur à l’occasion ? Il tanguait parfois dangereusement entre le mur et la chaussée, sur les trottoirs qui le ramenaient chez sa mère, rougeaud, barbarismes et mots incohérents s’égrenant sur son passage.

Nous l’avions croisé une fois en rentrant des courses, sage, tête baissée et bouche close, dans l’ombre d’une grande vieille femme au port altier dont il tenait le caddie comme un chien s’accroche à sa laisse, la contemplant pareillement de ses grands yeux mouillés, de temps à autre, à la dérobée. « Oui moman ». Là était le secret de ses vêtements vieillots mais bien propres malgré son évident désœuvrement et sa probable incompétence globale à toute activité manuelle ! Longtemps honteuse de ce grand idiot mal dégrossi qu’elle traînait derrière elle, elle avait pris son parti des ragots, et sortait avec lui en ville, toisant tous les regards lourds qui jalonnaient leur chemin, le défi en braise au fond des yeux. Il était, malgré tout, son fils, et elle nous l’imposait, voilà.

J’ai vu plusieurs fois des garçons un peu grands le courser sur les quais de la Seine , cailloux à la main, lorsqu’ils l'avaient surpris contre un mur. Il fuyait, la main contre son pantalon, finissant de se pisser sur les doigts et les chaussures, ahuri, réveillé en sursaut dans sa contemplation enfantine de l’écoulement de ses urines en rigoles s’assemblant puis se séparant à ses pieds, hypnotisé. Je ne savais s'il fallait le plaindre ou applaudir.

Par Marie-Laetitia Gambié - Publié dans : Quand j'étais
Samedi 19 septembre 2009 6 19 /09 /Sep /2009 18:41

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