Il y a quelques jours j'ai rendu visite à ma grand-mère, qui a récemment été opérée et a tant épaté les médecins par sa vigueur et sa capacité de cicatrisation. C'est qu'à quatre-vingt-quatorze ans et demi - et le demi, croyez-moi qu'à ces âges-là, ça compte autant qu'au tout début de sa vie quand on commence à peine à compter les années - elle en remontrerait à bien des plus jeunes, et qu'il a fallu à l'équipe soignante trois confirmations pour croire à l'exactitude de sa date de naissance. J'ai de bons gènes !

On a causé de tout et rien, elle écoutant avec patience, moi parlant haut et le plus distinctement possble, entre deux nuées de baisers de ses arrière-petites-filles fascinées par sa douce voix cassée et ses cheveux intensément blancs, câlines et précautionneuses comme avec un très fragile nourrisson. Elles s'abreuvent les unes à l'amour de l'autre et s'en nourrissent, et je me réjouis de voir grandir cet attachement tendre qui laissera des traces toute une vie.

Je lui ai raconté les derniers palpitants épisodes de ma petite existence, enjolivant parfois ici, lissant un peu là les faux-plis de la chance : elle "fait de la tension" alors nous lui épargnons autant que faire se peut les inquiétudes supplémentaires, sans pour autant la laisser s'enfermer dans cet égocentrisme jaloux de ses propres petits maux que développent parfois les très vieilles gens. Je lui narrai donc les turpitudes de santé de mon vieux chat, ce qui l'intéressa fort : elle n'en a jamais eu elle-même mais s'est rapidement attachée à celui de ma tante chez qui elle vit, je passai donc par le détail ses petits problèmes qui se sont révélés passagers et les peurs que j'en ai conçu, et puis ses habitudes de vieux garçon et ses qualités et défauts, sa singulière maladresse, nonchalance ou indifférence, qui la firent rire, puis curieuse s'enquérir :
- "Mais, dis-moi : quel âge a-t-il ton chat ?"
Il a quinze ans, mais je sais que pour qui n'a pas vécu avec un animal ça ne signifie pas grand chose, et je lui répondis donc :
-"Eh bien en âge de chat il est aussi vieux que toi"

Je ne pus réprimer un immense et rayonnant éclat de rire, dans lequel elle me suivit
à s'en faire pleurer après une demi-seconde de réflexion, lorsque, yeux écarquillés, bouche muette arrondie dans un "O" elle secoua la main gauche dans un geste éloquent, un "Fffffffiuuuu, tant que ça !" qui lui vint du fond du coeur.

A quel âge a-t-elle cessé de vieillir, en dedans ?
Par Marie-Laetitia - Publié dans : En douceur
Dimanche 5 juillet 2009 7 05 /07 /Juil /2009 15:16

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P
arfois y'a que deux choses à faire : écrire, puis cuisiner. Alors voilà, j'écris beaucoup, je me soigne comme je peux et .... je prends des kilos.


Tarte sablée aux poires à la cassonnade. Baguettes. Petits pains au lait. Poulet aux fèves fraîches. Financier au chocolat. Tarte aux framboises. Côtes de porc marinées. Gratin dauphinois. Lasagnes. Canellonis. Purée rose. Beignets de pommes de terre. Soupe de fanes de radis à la crème fraîche...
Par Marie-Laetitia - Publié dans : Humeur du jour
Samedi 23 mai 2009 6 23 /05 /Mai /2009 23:11

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J’reprends une suze

Toi tu t’amuses

A moi l’comptoir

A toi l’dortoir

L’bal des pompiers

M’fait mal aux pieds

Et je m’jure bien

Que l’an prochain

J’aurai appris

 L’tango d’Paris

 


C’est la valse brune

Qu’est ce qu’on s’emmerde à Béthune

Quand on danse comme une enclume

L’été se traine … « mais j’assume » (parlé)

 


J’fais tapisserie

On t’p’lote, tu ris

J’regarde mes pieds

On t’fait danser

Ils te matent tous

« Ta peau est douce »

I’ t’embobinent

En trois coups de pine

T’envoient au ciel

Et moi chu celle

Qu’t’appelles demain

Presqu’l’air de rien

 


C’est la valse brune

Qu’est ce qu’on s’emmerde à Béthune

Quand on baise comme une enclume

Les nuits se trainent … « mais j’assume » (parlé)

 


R’garder la gigue

C’est pour mézigue

Témoin, marraine,

Et tout l’monde m’aime !

J’m’emmerde intense

J’attends pu d’chance …

Mais qu’est ce qu’i’m’veut

C’type aux yeux bleus ?

« Poupée tu danses ? »

Vla qu’j’entre en transe !


 

C’est la valse rousse

Qu’est ce que c’est chouette à Chamrousse

Quand un beau môssieur vous  trousse

Et vous dis « j’t’aime » … « t’es jalouse ? » (parlé)

Par Mariléti - Publié dans : Chansonnettes débiles
Lundi 27 avril 2009 1 27 /04 /Avr /2009 21:16

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"Maman, tu sais pas ce qu'elle m'a dit Didi tout à l'heure ?
- non mon coeur
- elle m'a dit que elle quand elle fait disparaître quelque chose en magie eh ben c'est POUR DE VRAI ! ....  Je crois que c'est pas très très vrai hein maman ?
- je ne crois pas non plus"

Les minutes passent tout doucement, le brownie enfourné embaume.

"Maman, pourquoi Didi elle invente toujours des choses ?
- je ne sais pas ... elle a peut-être une très grande imagination ?
- oui peut-être
- il faut que toi tu saches que ce n'est pas vrai, mais c'est drôlement chouette de s'amuser avec quelqu'un qui a beaucoup d'imagination tu ne trouves pas ? elle invente toujours des choses c'est chouette.
- oui ... mais moi des fois je sais pas si c'est vrai ou pas et ça m'embête
- peut-être que tu peux y croire juste le temps de jouer ?
- oui ... Maman ?
- oui mon ange ?
- pourquoi moi j'en ai pas de l'imagination ?
- tu trouves que tu n'en as pas ?
- oui ... c'est jamais moi qui invente les histoires des jeux
- pourtant moi je trouve que la nuit, quand tu dois t'endormir, tu en as beaucoup de l'imagination ! tu arrives à inventer des monstres qui n'existent pas, tu te fais des peurs sans choses qui existent en vrai, et puis dans tes dessins tu inventes plein de choses. Il y a des gens qui sont fortiches pour inventer des histoires de jeux, et des gens qui sont fortiches pour inventer des histoires de dessins, ou des histoires à raconter
- alors je suis fortiche dans les dessins comme toi avec Grigri et Chaminou ?
- oui je trouve que tu es super fortiche dans les dessins, je les aime beaucoup tes dessins.
- merci maman."

Le brownie refroidit sur le plan de travail. On le sortira de son moule plus tard pour le découper en parts que l'on servira avec une merveilleuse crème anglaise en dessert.

"Maman ?
- oui ma puce ?
- non rien je voulais juste avoir ton mot dans ma bouche"
Par Marie-Laetitia - Publié dans : Amours
Mardi 24 mars 2009 2 24 /03 /Mars /2009 23:08

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Grenouille inoffensive. Rien à voir avec les affreux dendrobates de Marie Rennard. Juste une petite rainette entre deux touffes d'herbe. Elle était d'un vert  coeur-de-tige saisissant, si bien camouflée qu'il a fallu que mon oeil tombe très exactement sur cette tache ronde de vert parfait que formait son dos minuscule pour l'apercevoir. Elle n'a pas même tenté de s'enfuir lorsque mes mains l'ont entourée : c'est impossible voyons je suis invisible. Je l'ai montrée à une Mathilde hésitant entre curiosité bienveillante et frayeur dégoûtée "ooooh une grônouille !" . "Il pleut i mouille c'est la fête à la grônouille".

On s'est amusées à chercher des rimes, forcément à deux ans elle pense pas à mal avec des mots en ouille !
Allez on fait une polésie nouille !
On fait ce qu'on peut on se débrouille.
On cherche dans nos têtes on farfouille.
Quand ça rime pas on se traite d'andouille !
Et elle riait comme des chatouilles
Elle n'avait plus du tout la trouille
On a relâché la grônouille sans fricassée ni ratatouille, et puis on s'est rentrées bredouilles. Mais on avait bien rigolouille. 
Par Marie-Laetitia - Publié dans : Amours
Jeudi 26 février 2009 4 26 /02 /Fév /2009 11:23

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Je m'assieds à quelques mètres de la terrasse ou sur les marches. Je guette la sonnerie suivante, un quart d'heure tout au plus à patienter. Le jardin bourdonnant n'est jamais silencieux, une activité foisonnante y règne, une foule s’y presse, minuscule, innombrable et dense.

A mes pieds, inconscient du chaos que le placement de son arrière-train en travers de la cohorte nourricière suscite chez les fourmis noires qui ont colonisé les fissures des premières marches du perron, le chien hyperactif s'agite, si désireux de me voir lancer son inestimable balle qu'il en tremble tout entier. Perdu dans une touffe d'herbes hautes - il faudrait tondre mais après, plus de pâquerettes  - le chat broute et vomit avec une parfaite régularité que ne vient guère troubler la sollicitation intempestive de son compagnon canin ; les premiers jours j’ai dû le contraindre d’une main ferme à rester dehors pour la seconde partie de sa tâche, lasse de ramasser au creux d'une boule d’essuie-tout les flaques verdâtres et gluantes d'herbes mi digérées qu'il semait dans le salon, sur le sol de la cuisine, jusque dans les toilettes trop exigües pour pouvoir éviter l’embûche, et il semble avoir pris le pli. Soit. Résigné, il se livre aux spasmes de la purge en plein air, mais je le tiens à l'œil.
Une truffe contre ma jambe, une balle qui roule dans mon dos, au fond du fauteuil-loveuse, deux yeux humides déjà reconnaissants se vissent au fond des miens - les chiens sont-ils toujours reconnaissants ? - han ! j'envoie et le somme de rester là-bas, il obéira trois, peut-être quatre minutes ?
Alors que la chaleur cède enfin, le soleil encore haut délaisse la façade de l'église, et les voici qui s'élancent.
Une à une, puis se rejoignant par parentèle, les hirondelles nichées entre les pierres descellées, au fronton et sous le vitrail aveugle, se jettent dans le vide, de très haut. On sent à leur chute éperdue le bien-être du mouvement retrouvé après l’ankylose de tout le jour. Leur territoire de chasse est centré sur l'angle nord du jardin, la moiteur qui cède doit laisser monter enfin les insectes qu'elles goûtent ; les premières rotations ne les ramènent pas au nid, elles reprennent des forces, se défroissent, dans l'air frais par strates au gré des mouvements ascendants qui longent les murs, elles se livrent à des figures piquées, virant sur l’aile, en limite de décrochage, d’une virtuosité folle. Elles s’abandonnent au vol comme on se plonge, éreinté de chaleur, dans l'eau tiède enfin rejointe après la promenade. Tout le ciel leur est dû ! Nul ne leur dispute l’espace : les merles gavés tout le jour sont perchés sur les tuiles du muret, les pigeons du clocher ont délaissé tout à l’heure dans un vol bruyant qui s’applaudit lui-même à chaque battement d’aile, leur abri réservé pour suivre sans doute le parcours de Petit-poucet de la vieille aux quignons rassis, les chauves-souris dorment encore. Le chat qui s’est affalé dans une touffe ne soulève pas un instant sa paupière visible, les pattes en l’air dans un dernier rayon il se laisse dorer le mamelon, ronronnant et purgé. Si, les premiers jours, cette danse l’a intrigué assez pour éveiller un vague instinct jusque-là dormant - et d’un bon sommeil - qui le faisait émettre des « mouek mouek kkkkk » contrariés à leurs percées en rase-mottes, il ne s’y laisse plus prendre. Il sait pour y avoir goûté une ou deux fois, que la gravitation universelle est à elle seule pourvoyeuse de tendres merlons qu’il suffit de regarder choir et d’aller cueillir, mollement, dans l’herbe tendre, merveilleux digestif après la pâtée quotidienne.


Par Marie-Laetitia - Publié dans : Amours
Dimanche 22 février 2009 7 22 /02 /Fév /2009 19:03

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