Je crois qu’elle me vient de toi, ma Mamie, cette aspiration qui prend la forme, par moments, d’un besoin contre lequel je ne puis lutter, cette envie de solitude totale. Lorsque je suis mal, que je ne me supporte plus et ne supporte plus personne, je m’enfuis vers la montagne et sa solitude, je m’envole. Je finirai peut-être ermite, échevelée, fuie par les enfants, psalmodiant à tout vent des imprécations en latin pour éloigner toute âme. Je ne pense qu’à cela lorsque le mal-être me prend, nausée insistante sans remède : Ocana, tout là-haut.  Le soleil qui se lève au tout petit matin, la fraîcheur qui libère les parfums parmi les herbes sèches, le maquis bruissant des mille bêtes qui le foulent, le remuent, le parcourent, s’y nichent - seules présences tolérables - les eaux rares babillant en glouglous à la fontaine en contrebas, l’église au bout du chemin, blanche comme en Espagne et sa cloche à laquelle je me pendais petite, les chèvres "cimarron" en troupeaux éclatés au flanc des collines, cherchant les herbes tendres, le fenouil sauvage à mâcher bouche grande ouverte dans des croquements gourmands. Je retrouverai le figuier et l'abricotier sur mon chemin envahi d'herbes hautes. Tête couverte par un foulard clair sans fantaisie, de coton brut, noué dans le cou, un bâton de marche, un pantalon large, je ne serai prête à croiser personne et m'enfouirai dans les fourrés, dédaigneuse de leurs piquants, tapie, ombrageuse, attentive à me cacher toute aux yeux du monde. Ils finiront bien par repartir et je reprendrai ma marche.

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Pwouèsi
Mardi 17 avril 2007 2 17 /04 /Avr /2007 11:55

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