Maison de rêve


Image empruntée au site du Musée agricole de Botans : http://museeagricole.botans.free.fr/images/arriere-grenier.jpg


Vaste panse tendue de poutre à poutre au-dessus de la maison, délaissé, il fleure le bois vieux et le papier moisi. Des bandes dessinées y ont été oubliées qui partent en lambeaux sous les doigts, les cartons d'un très ancien déménagement d'on ne sait plus où attendent toujours d'être rouverts et leur contenu réhabilité, c'est trop tard bien sûr les tasses ici ébréchées ont été remplacées depuis longtemps, les vieux cahiers du lycée gardent leurs mots doux et les notes de cours pour quand on sera morts et qu'il faudra tout jeter, mais ce ne sera pas nous, des lettres d'amour, coquines, cochonnes, pornographiques, se délitent lentement et se décalquent d'une page sur l'autre, lignes fondues dont on ne lit plus que des bribes, le rose aux joues... Pour passer d'un tas à l'autre il faut affronter les toiles d'araignée aux trois quarts vides qui ne s'aperçoivent qu'une fois le nez dessus si le faisceau de la lampe tombe sous le bon angle. Je frissonne et à grands moulinets balayant l'air devant moi je déloge les faucheux endormis et fais trotter très bas les tégénaires effrayées. Je ne sais plus pourquoi je suis montée, je me replie dans un spasme au contact d'une toile habitée que je secoue furieusement pour la décoller de ma main droite, je regarde le trou de lumière dans le plancher et pense à me précipiter mais la fuite éperdue est compliquée par l'angle impossible de l'échelle de meunier par laquelle je me suis hissée à travers le plafond du couloir dans cet huis inexploré jusqu'à lors ; je réprime un hoquet nauséeux lorsque mon pied écrase une mue gigantesque, coquille vide mais évocatrice, de dévoreuse à poils longs... Je respire profondément. L'odeur est plus complexe à pleines narines, musquée en deuxième approche, agressive. Des crottes de souris, plusieurs boulettes de déjection du grand-duc que l'on entend marcher certains soirs de long en large, pensif ou en chasse, irriguent de leurs parfums acides mais amples l'atmosphère confinée de l'antre. Je ne me sens pas chez moi ici et même les vestiges dérisoires de ma vie passée ne m'appartiennent plus guère, ancienne carapace, peau chue et oubliée que l'on recroiserait étonné sans s'y reconnaître, carnet intime d'adolescence dont les mots maladroits nous font sourire...

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Maison de rêve
Vendredi 12 décembre 2008 5 12 /12 /Déc /2008 12:06

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Elle doit etre très grande, très claire, très propre, et sentir le pin, l'ail, la farine. Y trône sur le mur opposé à celui de la porte d'entrée, vitrée de verre cathédrale orange en vitrail, un immense plan de travail en inox qui a vécu déjà, surplombé par des meubles très hauts, si longs qu'ils rejoignent le plafond sans laisser place à la poussière grasse qui se déposerait dans l'interstice. Elle doit être très lumineuse. Je l'imagine baignée par de larges fenêtres qui se font face ; l'une donne, basse, sur un carré de verdure domestiquée, carottes choux et salades en rangées sages ; l'autre, haute, ne pourrait être enjambée de l'intérieur, ouverte elle respire au coeur d'une touffe odorante d'herbes que l'on arrose par en haut, à la fraîche, menthe poivrée, thym, basilic fragile. L'été on y appose une moustiquaire artisanale sur laquelle viennent se poser les insectes hébétés que la chaleur rabat vers ce puits plus sombre et frais ; on prend le temps alors, voyeur immense d'un zoo permanent qui n'a pas conscience d'être, puisque les visiteurs sont ceux qui restent cloitrés, de contempler derrière le treillage fin le dard et les zébrures du frelon guerrier, immense, samouraï masqué de rouge, qui s'agace et semble pris de tremblements, on s'attendrit attirés par le zonzonnement incertain, épuisé, du bourdon aux cuisses épaissies de pollen orangé, trop lourdement chargé, qui prend une seconde de repos vertical dans le triangle d'ombre que dessine la pointe de la maison où le soleil déjà tourne, on sémerveille bouche close devant le découpage des ailes surfines du machaon qui palpite, roule et déroule sa trompe infime sans nous voir jamais, puis reprend son vol, battu, plané, battu, plané ...


Par Marie-Laetitia - Publié dans : Maison de rêve
Samedi 9 août 2008 6 09 /08 /Août /2008 16:06

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