A quoi ça tient la sensation de liberté
...
S'asseoir au pied des marches d'un escalier un peu en retrait, siroter un chocolat chaud. Se tourner vers
l'intérieur. Ecouter dans le vent le cri d'une buse, très haut dans le ciel...
Je lève les yeux vers elle, je ne la vois pas, je l'imagine tournoyant dans les courants ascendants,
montant, encore.
Une libellule réticulée, affairée, déboule du couvert des sous-bois tout proches, rapide, précise, elle
tourne sur l'aile à quatre-vingt-dix degrés, revient, repart, s'immobilise une demi-seconde à ma hauteur, reprend sa course jusqu'aux poubelles, revient encore, une seconde cette fois de vol
stationnaire à un mètre à peine. Elle est verte d'un clinquant métallique bordé de jaune, rutilante, longue et gracile. Je ne bouge pas. Je me rappelle les longues parties de chasse aux papillons
avec mon père, au cours desquelles parfois une demoiselle nous accompagnait, curieuse, j'ai pour ces animaux une sympathie d'enfance qui ne se désavouera plus. L'autre soir, à la toute dernière
heure de jour, alors que je me levais pour aller m'asseoir dans le jardin et fumer une cigarette, l'une d'elle s'approcha de la baie vitrée, elle ne s'y cogna point, non celles-ci ne sont pas
aussi sottes que les abeilles ! mais demeura plusieurs secondes à observer, était-ce la glace qui l'intriguait ainsi, nous regardait-elle, nous ? Il y a dans cette bête une désinvolte
tranquillité, une absence de peur mâtinée de la simple prudence nécessaire, qui me séduisent, elles approchent, observent, puis s'en retournent, leur monde côtoie le nôtre ou l'inverse
?
Je suis repartie délassée à mes dossiers, dans mon bureau clos, l'esprit remis en boîte avait pu divaguer à
sa guise. Cadeau.
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