Quand on nettoie sa maison, on récure son intérieur de dedans, le vrai, le sub et l'in-conscient. Et je constate que, oui, quand je vais plutôt moins
bien qu'si c'était mieux, je récure à tout va, et que le va-et-vient méthodique et absorbé de l'éponge grattante me délasse et m'hypnotise, pour peu, rareté ! que je parvienne à m'y livrer seule
et dans le silence que j'aurai choisi ...Tout au fond du bout de nos crânes, il y a, là cachée, chez tout le monde, une zone d'ombre, une forêt vierge, une de celles qu'on n'explore qu'une fois, en thérapie, et qu'on referme bien vite, la laissant à son équilibre propre ... Quel est le coin obscur et secret que jamais ni balai ni serpillère ne visitent, la petite zone de crasse vierge derrière l'oreille, le "qui sent le fromage" qui vient calquer, dans le modèle 3D de notre inconscient, ce rebut de nous-mêmes ...
Je me posais cette passionante question tout à l'heure, spontex dans la main droite et cif dans la gauche, ipod sur les oreilles, récurant et grattant ma gazinière proprettre ...
Les dessous de meubles dont pourrait se sauver, surprise, une multisymétrique noiraude presque aveugle, affolée, je les explore du bout de l'aspirateur, rarement et avec circonspection, sans vouloir voir ou savoir, mais je m'y astreins, hygiène psychologique.
Le réfrigérateur, à grands renforts d'eau vinaigrée, est propre de temps à autre.
La poubelle, même, passe à la javel régulièrement.
Les dessus de meubles une fois l'an j'y passe un chiffon vengeur et je me délecte à l'en retirer bien noir et poisseux, et je pchitte et pchitte et récure et tout ce que j'ai laissé s'accumuler s'envole et je me sens légère ...
La zone que j'oublie j'ai mis du temps à me la révéler, c'est une non-zone, un entre-deux qui la fait oublier, pourtant d'une surface totale pas ridicule, pas anodine non plus ... Je délaisse ouvertement les portes et lorsque les traces de doigts qui ont trop tâtonné dessinent un essaim grisâtre autour des poignées, je repasse un coup de peinture ... Je bloque. Je compte les faces, les poignées, et je reporte une fois encore.
Voilà la cuisine est propre. J'aime que la cuisine soit propre. Je ne dors pas bien sinon. J'essore les éponges et les repose sur l'évier. Le lave-vaisselle mis en route ronronne. Ca sent le vinaigre blanc et la lessive saint-marc. Je suis au fond de mon lit. La porte face à moi me coupe du reste du monde. Elle est sale.
Par Marie-Laetitia
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Publié dans : Vous vous en foutez mais ...
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Mercredi 25 février 2009
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