Pwouèsi

Mars ! Mars oublié ! Au réveil l'air n'était plus le même ! Mars peut tout oser ! Averses en giboulées, gelées comme sursauts ultimes, l'hiver s'en va. Ah joyeuse surprise de ce petit matin, pluie torrentielle, qu'importe ! Mars est là ! Le soleil reconquiert une ancienne vigueur. Les chats dans les jardins fourbissent l'attirail Griffes, dents, vocalises pour leur champ de bataille. Mars, la tête me tourne ! L'air léger sur ma peau... Vent - qui rabat la pluie en rideaux, vent qui revêt des parfums maritimes.
Mars allait revenir et je n'y pensais plus !
Par Marie-Laetitia
Samedi 28 février 2009

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Le vent s'est levé.

En une soirée de fièvre il se mue en bourrasque, en tempête.

Je l'observe, derrière le voile tremblotant du rideau de ma chambre.

Colère ! Masque de Pan ! Il maintient cime à terre les arbres les plus frêles, soumis, pliés, attentifs à subir, ceux qui ploient sans orgueil. Dénudés, cardés, pissenlits immenses, ils touchent humbles le sol, psalmodient un pardon, voient passer le tumulte qui ne les tuera point, ondoiement, tapage de bruissements et de protestations sifflées. Ils patientent sans grâce mais seront là demain.

Souffletés, talochés, les immenses, rigides, les éternels debout ne croyant qu'en eux mêmes, au tronc que dix adultes n'eussent pu enlacer, cèdent dans un fracas étiré qui s'annonce, roule, se poursuit en échos et en râles mugis, s'effondrent comme choît une vie de tumulte, et, renversée enfin leur belle volonté, montrent au jour qui point leur bouquet de racines.


Par Marie-Laetitia
Lundi 9 février 2009

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Je suis morte à quinze ans, et tu n’en as rien su.
Je suis morte à quinze ans, pour toi, et tu n’en as rien su.
Je suis morte à quinze ans, pour toi, pour avoir choisi ton bonheur au lieu du mien, et tu n’en as rien su.
Me voici aujourd’hui, vingt ans après, nue devant toi, et tu ne vois ni les cendres derrière mes yeux, ni les ruines sous mes façades, ni les larmes dans mes sourires.
Me voici aujourd’hui, nue devant toi, et tu ne vois pas les larmes dans mes sourires.
Me voici aujourd’hui, nue devant toi, j’ai deux ans et tu pleures, je tends la main et te souris, je caresse tes cheveux, si longs, si noirs, si doux. Je te souris parce que tu me le rendras, un jour. La douceur, là dans mes gestes, est infinie, et ma tristesse si profonde qu’un lac s’y noie, chaque jour, un peu plus. Je suis forte et tu es faible, je suis le bâton et je me tends bien fort contre toi, et toi tu t’y appuies et tu avances. Et lorsque, guérie enfin, tu sais marcher seule, je choisis ton bonheur plutôt que le mien.
Je suis morte, à quinze ans. Et tu n’en as rien su.
Par Hemipresente
Samedi 23 août 2008

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Je marche contre le vent, jambes s’enfonçant dans la neige jusqu’au genou.

Le blizzard griffe les joues, ferme les yeux, givre les sourcils.

A chaque inspiration ce goût de sang dans les poumons, âcre, fumé, violent, mais je suis encore vivante !

Les hurlements mêlés du vent et de la horde qui guette tout autour de moi, sans nom, toute de dents et de griffes, se resserrent, tourbillons, constriction. Le cœur me cogne dans la bouche, ouverte, qui relâche par paquets une buée déjà froide à peine exhalée, palais palpitant, langue sèche. Je transpire sous la glace qui se dépose en minces couches, incessantes, toujours renouvelées, et je refroidis lentement, je m’engourdis, je m’abandonne.

A une croisée de chemins, à bout de forces et de courage, je m’adosse à un sapin immense qui a grandi sur un tertre, en vigie. Face à moi, se frayant un chemin à travers le vacarme de la tempête s’engouffrant à découvert dans la clairière, les grondements sourds se rapprochent.

On sonne le buffet et c’est moi qu’on dévore.

 


Par Marie-Laetitia
Jeudi 19 juin 2008

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Je descends entre les chardons et les ronces ce petit chemin qu’avait suivi l’âne l’autre jour, à flanc de coteau, guère impressionné par la pente et les éboulis légers que ses sabots provoquaient. D’où s’était-il sauvé, celui-là ? Paisible brouteur qu’on eût dit égaré, il goûtait sa liberté en vrai sage, sans se soucier d’autre chose que de ce chemin parfumé … Le chemin  …. Taillé à cul de bourrin écartant les épineux, son dessin sinueux persistera quelques jours encore, pour n'être finalement sensible qu'aux seuls yeux qui l’ont vu se tracer, les miens, et je dois l’entretenir discrètement presque quotidiennement, en prenant garde d’en laisser masqué l’accès. Ecartelées dans leurs toiles impeccables marquées d’un ultime zébra - fermeture à glissière de renfort, guerrières étoilées toutes pattes dehors, les épeires diadèmes immenses, striées de vert et jaune, pendues entre les buissons du maquis, exhibant sur leur dos le rond et la croix du symbole féminin, dessinent un labyrinthe mouvant d’heure en heure. Plus d’une fois je manque me jeter dans une toile et ma phobie anticipe avec une nausée spastique le froissement de coton du tissage déchiré, la fuite contre ma peau de la bête délogée, ma chute hurlante dans un buisson voisin garni de cocons qu’on écrase libérant leurs pensionnaires minuscules, horde à mille mandibules dévoreuse de mères ….Là, du calme mon cœur qui s’épuise ! Vois, le dédale piégé est derrière nous, quelques rocailles encore et j’atteins le sable sec de la crique inviolée. Quelques mètres de sable lisse, pas un caillou, l’eau devant moi translucide bordée de part et d’autre par des murs de roches entassées, écroulées, équilibrées par leur masse indicible. Tout au bout de cette anse, en face, la mer qui n’ose entrer ici qu'en laissant derrière elle le vent, les moutons, la colère.



Par Marie-Laetitia
Vendredi 28 septembre 2007

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« - Et moi maman, pourquoi je n’suis pas mon nez ?
- Ca t’arrive mon cœur.
- Quand ? »

Lorsque tu passes tout près de la lavande qui déborde sur l’allée et que ton épaule menue s’y frotte, faisant presque apparaître un nuage de son parfum piquant et mauve aussi impalpable et pourtant perceptible et présent qu’un génie sortant de sa lampe, lorsque le regard et les narines attirés par le massif, tu tournes la tête, tout enivrée, et ne peux retenir ta main qui caresse les fleurs naissantes et les bourgeons… tu suis ton nez. 

Lorsque tu débaroules, le sourcil haut et l’air de ne pas y toucher, dans la cuisine close à l’atmosphère un peu confinée d’où montent à ta chambre malgré la hotte les effluves de compote bloubloutant à fond de casserole, que tu tires ton petit tabouret sous le bar pour te hisser à bonne hauteur et contempler ce qui se mijote, sans mot dire, tes yeux qui pétillent d’impatience et de fringale contenue quémandant la cuillère en bois que je vais bientôt te tendre, soufflant bien fort dessus, la main gauche placée en coupe prête à recueillir la précieuse goutte des gourmandes qui ne manquera pas de choir … tu suis ton nez. 

Lorsque tu plonges les doigts et la bouche en bisou dans les poils de ventre du chat abandonné pattes en l’air dans cette position torsadée qu’il affectionne, sa bedaine grassouillette chauffée par le rai de soleil qu’il envahit laissant apparaître ça et là dans la fourrure noire moins dense et duveteuse les tétounes inutiles de mâle dans des touffes blanches, que tu t’étourdis de son ronronnement conquis et t’en relèves l’œil mi-clos, le sourire bienheureux en t’exclamant « il sent le nounours ! » … tu suis ton nez.



 

Par Marie-Laetitia
Mardi 15 mai 2007

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Je crois qu’elle me vient de toi, ma Mamie, cette aspiration qui prend la forme, par moments, d’un besoin contre lequel je ne puis lutter, cette envie de solitude totale. Lorsque je suis mal, que je ne me supporte plus et ne supporte plus personne, je m’enfuis vers la montagne et sa solitude, je m’envole. Je finirai peut-être ermite, échevelée, fuie par les enfants, psalmodiant à tout vent des imprécations en latin pour éloigner toute âme. Je ne pense qu’à cela lorsque le mal-être me prend, nausée insistante sans remède : Ocana, tout là-haut.  Le soleil qui se lève au tout petit matin, la fraîcheur qui libère les parfums parmi les herbes sèches, le maquis bruissant des mille bêtes qui le foulent, le remuent, le parcourent, s’y nichent - seules présences tolérables - les eaux rares babillant en glouglous à la fontaine en contrebas, l’église au bout du chemin, blanche comme en Espagne et sa cloche à laquelle je me pendais petite, les chèvres "cimarron" en troupeaux éclatés au flanc des collines, cherchant les herbes tendres, le fenouil sauvage à mâcher bouche grande ouverte dans des croquements gourmands. Je retrouverai le figuier et l'abricotier sur mon chemin envahi d'herbes hautes. Tête couverte par un foulard clair sans fantaisie, de coton brut, noué dans le cou, un bâton de marche, un pantalon large, je ne serai prête à croiser personne et m'enfouirai dans les fourrés, dédaigneuse de leurs piquants, tapie, ombrageuse, attentive à me cacher toute aux yeux du monde. Ils finiront bien par repartir et je reprendrai ma marche.

Par Marie-Laetitia
Mardi 17 avril 2007

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