Elle et moi. Elle et moi. Elle. Ma plus intense et brève amitié fut sans doute amoureuse.
Appelons-la Cathy, je la surnommais Cat tant elle était jolie caressante féline et garce.
Nous avions fait connaissance, cela mérite d’être noté étant donné ma propension à la sèche de cours de gym (j’ai même réussi à être dispensée au bachot), à un match de basket qui opposait les plus grandes de 2nde B et de 2nde C, pour la gloire et une note dont je me foutais comme de mon premier bon point.
Grandes elles l’étaient toutes, Dame, et je ne sais comment je me suis retrouvée là avec mon mètre soixante-huit, contre des asperges me rendant toutes pour le moins douze bons centimètres, mais enfin je devais tout de même être décidément trop grande pour le groupe cocasse, hétéroclite à plaisir, des plus petites : prépubères, petits boudins ou ravissantes menues frêles aux visages d’enfants ; effet de seuil …
Notre premier contact fut donc physique, j’avais la balle, je jouais médiocrement sauf en dribble et je dribblais donc tant et plus sans m’approcher trop près du panier bien sûr, attendant qu’une camarade s’en trouvât trop proche pour esquiver l’aubaine que je lui offrais en lui lançant le ballon - mais je ne crois pas avoir jamais poussé mon avantage jusqu’à parvenir à faire entrer la foutue sphère dans le maudit cercle aux diamètres bien trop proches l’un de l’autre ! Nous nous sommes heurtées mon dos contre sa poitrine - elle faisait une tête de plus que moi - c’était un joli mois de septembre ou octobre propice aux enthousiasmes et aux têtes qui tournent, et j’étais à l’âge où ces choses-là ne se font ni à moitié ni, las, sans abondante sueur. J’affirme haut et fort que les vestiaires des filles n’avaient rien à envier à ceux des garçons en puanteurs de pieds moites et d’aisselles acides … Mais elle, foudiou, elle sentait bon ! auréoles sous les bras, gouttelettes au front, elle sentait bon à se damner.
Mon équipe a perdu. Elle était aussi mauvaise gagnante que j’eusse dû l’être, bondissant et tonitruant, et je l’ai détestée bien fort, chassant mon émoi importun
jusqu’à des recoins appropriés de mon esprit inhospitalier à ces troubles. Nous avons regagné les vestiaires, nous tenant à bonne distance l'une de l'autre, l'antipathie avait été immédiate
et réciproque ; je m'en ouvris d'ailleurs à l'une de mes camarades du moment dont j'ai oublié jusqu'au prénom : cette fille-là n'était pas fréquentable ! Elle se rangea bien sûr à mon avis
éclairé et supérieur de première de classe et nous en restâmes là.
De sièges voisins à la cantine en matchs de basket des mardis matin, nous finîmes par engager un jour, pour de bon, la conversation. C'était dans la queue du self ; nous regardions
chacune, côte à côte mais séparées par le cordon qui orientait le flux des demi-pensionnaires en deux files distinctes, le menu du jour, tristement prévisible pour un vendredi
; les boucles jolies de l'écriture enfantine qui en avait tracé les mots ne suffisaient pas à racheter la qualité déplorable des plats énoncés et nous fîmes la même grimace ; sans
tergiverser beaucoup plus longtemps, avant d'être happées vers l'intérieur et irrémédiablement condamnées au filet de colin et ses épinards à la béchamel, nous comptâmes nos reliquats
d'argent de poche de la semaine ; ce jour-là qui fut le premier d'une bien longue série, c'était déjeûner dehors ! Le quartier latin était à nos pieds, et tandis que nous descendions la rue
Clovis pour aller baguenauder à la Mouff, l'inimitié prit doucement fin, à croire qu'elle n'avait jamais existé que pour nous rendre intéressantes l'une à l'autre... Nous étions toutes deux
des lectrices forcenées, nous venions toutes deux du fin fond de la banlieue parisienne en empruntant la même ligne de RER pour venir cotoyer l'élite et peut-être, espoir fou, nous y mêler ...
l'électricité se mua bien vite en aimantation.
Ah que tu étais belle ... De ma vie je n'ai jamais vu en pied et en chair palpable une fille aussi belle. Une beauté grecque élancée, fine, au nez parfaitement droit, tes yeux verts étaient
ourlés dessous, prolongés de cils immenses, ton haut front nimbé de petits cheveux fous dorés dans le soleil naissait dans des sourcils droits qui eussent pu sembler sévères si ton sourire
souvent sérieux n'avait pas imprimé à tes joues roses et douces des fossettes à croquer ; tes cheveux lâchés te descendaient au milieu du dos, indomptables, bouclés, miel strié de brun, attirant
le regard vers tes hanches et ta taille fines et ces jambes interminables ...
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Bon allez, finie cette vilaine déprime qui faisait mine de se réinstaller chez vous depuis quelques semaines comme si elle
n'avait en fait jamais rendu les clés "oh tiens elle est toujours là cette vieille névrose ? et cette phobiiiiiiiie ah la la ça me rappelle des souveniiiiirs !! ce qu'on est bien chez toi,
t'as pas changé, peut-etre quelques kilos par ci par là ... " Non non non fillette (appelez votre dépression "fillette" c'est déjà lui montrer c'est qui Raoul ! et ça fait une partie du
boulot ! si si !) rêve pas ! Derechef (il est montré que la moitié au moins de la population ne connaît pas le sens exact du mot derechef ) vous prenez rendez-vous chez le doc et a va voir so
gueule la dépression !
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