
"Nan la banane je la veux pas en entière !
- en entier mon amour. Pourquoi donc ?
- elle est toute marron et elle pue, chui sure qu'elle est pourrie.
- mais enfin rossignol de mes jours (on ne dit pas "puer" sauf quand on parle de tes chaussettes,
trésor), penses-tu que ta mère adorée oserait faire franchir le seuil de tes lèvres à une nourriture autre que tip top moumoute d'la mort qui tue ?
- elle est moche et elle sent trop fort. Pourquoi tu nous donnes toujours des vieilles bananes
?
- ô paisible enfant dont la rosée du matin vient nimber le front et démêler les cheveux dans son
sommeil, parle meilleur à ta mère fatiguée qui vient de faire le repas après le ménage et une journée atroce au bureau couronnée par une suppression de train et un voyage en fourgon à bestiaux ;
ceci, chère enfant, n'est pas une vieille banane, c'est une banane très bien mûre, nuance ; et pi d'abord y'a rien d'autre en dessert.
- .... j'la veux pas en entière, j'veux une moitière.
- ma douce rose, déjà et d'une on dit pas "jveux pas" quand maman est de mauvais poil et n'a pas pu
aller faire de courses rapport que comme une quiche elle reste tout à fait connement et irrémédiablement dépourvue de permis de conduire, et pi, et disons que ça ferait et de deux, on dit pas
"moitière" mais moitié , et pour finir et répéter parce que la pédagogie c'est l'art de rendre les enfants réceptifs en répétant cinquante fois la même chose (jamais compris le principe ...) y'a
rien d'autre ce soir le dessert c'est banane et point barre !
- ouais ben si c'est comme ça j'en prends pas de dessert, elle est moche et
pourrie."
A ce moment-là, femme, de cet échange qui ne préfigure qu'au centième ce que l'adolescence de ta
première née te réserve, prends sur toi, si si crois-moi, prends bien fort sur toi, retiens la torgnole pour des jours plus fastes. Respire un bon coup et tâche de te rappeler cet instant de
grâce, tout à l'heure, lorsque ta petite qui s'était fait un fort vilain bobo est venue se blottir dans tes bras toute tremblante et, d'un geste mécanique, t'a attrapé le sein gauche comme s'il
lui appartenait. Voilà, reste sur cette fabuleuse impression. Zennnnnn. Aooooôôôôômmmmm. Tu te lèves de table et débarrasses et tu passes à autre chose, après tout, la banane c'est pas toi qui
l'as faite hein ? Quelle importance ?
"Maman ?
- oui mon ange ?
- c'est obligé qu'on a des petits seins si sa maman elle a des petits seins ?"
....
Aooooooooôôôôôôôômmmmmmmmmmmmmmmmmmmmmm.
Par Marie-Laetitia
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Samedi 28 novembre 2009
6
28
/11
/2009
13:44
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(Modigliani)
Je dors affreusement mal depuis quelque temps. Mes nuits sont hachées, traversées de songes étranges et entêtants.
J'y croise des morts, des oubliés, je fuis souvent, je me réveille exsangue dans des palpitations sans parfois être certaine de l'endroit où je me trouve. Toutes les inquiétudes tues et domptées
dans la journée s'emparent de moi dès la paupière baissée, rideau de conscience ... et me traquent sans relâche. Tout y passe de mes phobies : fauves, araignées, mutilations, pertes d'être chers,
chutes ... rien ne me sera donc épargné ?
Et, parfois, nénuphar posé sur la fange, un hâvre, une accalmie ! C'est une maison fraîche et secrète où je découvre quelque pièce cachée, c'est une bête que l'on croyait morte et qui me revient,
c'est un accouchement paisible et le bonheur de respirer le parfum de glaise des cheveux d'un nouveau petit ...
J'en ressors plus forte, reconnaissante ; je demeure de longues minutes sur le dos, les yeux fermés, à contempler la douce lumière intérieure qui m'a été offerte, sans plus de raison que la purge
des nuits précédentes et leurs cauchemars continus.
La vie est ainsi faite mon amour, qu'il faut jouir de ces précieux instants plus qu'on ne peine durant les longues minutes de souffrance, et jouir énormément.
Par Marie-Laetitia
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Publié dans : Quotidien ou presque
Vendredi 10 juillet 2009
5
10
/07
/2009
17:15
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Petit jour. On se tasse dans son
siège. Il est trop tôt pour les foules et les odeurs denses. Pourtant, d'année en année l'heure "de pointe" avance, et la masse des travailleurs se compacte, il est parfois impossible de
trouver à s'insinuer entre deux voyageurs et les gros, les femmes enceintes, les encombrés de paquets, sont silencieusement conspués. Misère. Ici vivent les plus pauvres de ceux qui parviennent
tout de même encore à se loger. Si l'on pousse un peu plus loin sur la ligne, la banlieue se fait plus cossue, les espaces verts plus riants, l'habitat plus clairsemé, tout au bout on traverse
même encore des espaces agricoles.
L'été décline, le jour ne se lèvera paresseusement que dans plusieurs
heures.
Il reste ça et là des places vides, que les voyageurs iront occuper en
respectant immuablement les règles de remplissage dictées par le respect de la bulle de chacun, le plus loin possible de l'autre : sont recherchés d'abord les espaces totalement vides de quatre
ou cinq sièges, la sélection se fait en une fraction du seconde d'un regard circulaire mécanique et entraîné, par le premier voyageur qui se hisse à l'arrêt suivant, puis si tous sont
occupés les rangées de sièges encore vacantes, enfin lorsque dans chacune un Autre a pris place, on tente comme faire se peut de laisser entre l'Autre et soi au moins l'espace suffisant pour ne
point se frôler ; on jauge dans l'instant la propreté douteuse d'icelui, le chewing-gum de cette petite, le baladeur hystérique de tel autre, les jambes interminables insectiformes de ce géant
paisible de quinze ans à l'étroit dans le wagon d'un autre âge .... On se supporte.
A cinq heures la population est tranquillement ouvrieuse, chacun se terre
dans son morceau affiché de chez-soi : journal, livre, musique discrète, certains qui viennent de bien avant et descendront bien après parviennent à prolonger un peu la nuit trop tôt
interrompue. Sommeil privilège des "terminus" qui ne craignent pas de laisser passer l'arrêt !
Semi-direct. Un bon quart d'heure avant la prochaine station. On se prend à
rêver, dans le ronronnement qui s'installe, dans ce rythme enfin plein et régulier, qu'on n'ira pas aujourd'hui là où l'on nous attend, qu'au bout des voies aujourd'hui ce sera la mer,
l'étranger, un ailleurs plus beau, de l'inconnu ... L'esprit divague, bercé. Parfois au passage d'un aiguillage les lumières un instant clignotent puis s'éteignent, défectuosité infime dans le
programme immuable qui se déroule, accueillie avec un fin sourire. Alors que le train commence déjà d'amorcer son freinage en prévision de l'arrêt, et que le rêve esquissé s'efface, un Corail
en gain de vitesse entre dans mon champ de vision, très lentement ses wagons défilent, gagnent du terrain ; je guette le pannonceau : "Paris-Austerlitz / Rome" ! Les passagers s'installent,
leurs manières me semblent plus soignées, leurs habits plus précieux que les nôtres, ils devisent gaiement ici, somnolent ailleurs, à ma hauteur constamment un contrôleur remonte le train,
passe une porte, contourne un rêveur contemplatif du paysage et de nous, un petit signe de main ... ; et puis voilà, nous ralentissons, le Grandes lignes poursuit,
s'éloigne.
Je m'étire un peu, délassant mon esprit plus que mes membres, je me lève ....
La mer au bout du quai, sûrement, attendra un autre jour.
Par Marie-Laetitia
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Dimanche 21 juin 2009
7
21
/06
/2009
10:47
1
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Ce soir j'ai fini
l'Elégance du hérisson. A deux heures du matin. Compliqué le sommeil sous cortisone ! Faudrait que j'en parle, mais je digère. Le bouquin et le merveilleux chocolat que je me suis
mitonné sur les une heure du matin, doux amer, moitié lait moitié crème fraîche.
Aujourd'hui, il a fait si tellement chaud, si tant fort, qu'on a empli de
flotte au tuyau le couvercle du bac à sable, et fait tremper nos deux minettes. Pas moyen de remettre la main sur les maillots de bain alors elles ont commencé en culotte et puis, de guerre et de
fous rires de pendouillage détrempé entre les jambes, ça s'est fini à poil. On a passé en revue les tables un peu dans tous les sens (d'addition ! on n'est qu'en CP !), elles ont éclaboussé le
chat outré qui s'était aventuré un peu trop près, j'ai mordu à belles dents dans des petits abricots dorés se trémoussant sous mon nez, tous nous avons dansé et chanté rituellement avant que de
vider l'auge bien graissée d'ambre solaire sur la pelouse jaunie qui n'en demandait pas tant, et puis enfin on s'est écroûlé à table devant un sorbet pastèque maison fait en cachette par l'homme.
Il y a de bons dimanches, suivis de mauvaises nuits, qui laissent en bouche du sucre assez pour supporter l'amer.
Par Marie-Laetitia
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Lundi 25 mai 2009
1
25
/05
/2009
02:05
5
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Ce matin pas très en forme le chat, pas très du tout en fait. Aveugle. Taux d'urée sans doute explosé. Appel en cata, véto, dépose du kikinou dès l'ouverture. Quinze balais c'est pas
rien pour une petite bête. Les filles lui ont fait un bisou avant que je l'emmène, parce que bon ça puait quand même. Pas trop bien pu cacher mes larmes, mon petit compagnon de si longtemps était
trop mal en point. J'attends. Le coup de fil. Le bilan. Sans grand espoir. Putain de lundi.
EDIT : c'est pas les reins ! Il est pas encore mouré ! Youpi youpi youpi !
EDIT 2 : 142 euros chez le véto. Le mois est fini. Youpi youpi youpi ! (le mois de juin ... c'est là que ça se corse !)
EDIT 3 : le jour où en vrai il va mourir ce chat, faut me recoller d'office sous Prozac hein. Sérieux je vais plonger c'est écrit d'avance. C'est fou. Comme si c'était une partie de moi
que je perdais...
Par Marie-Laetitia
-
Publié dans : Quotidien ou presque
Lundi 11 mai 2009
1
11
/05
/2009
09:27
8
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Hier soir le quai de la gare était
blindé, on se demandait comment les gens qui descendaient les escaliers allaient pouvoir trouver le moyen de se faufiler.
Le train arrive. Plein. En retard. On devine aux discussions de ceux qui poireautaient avant nous que le précédent a dû sauter.
Les portes s'ouvrent juste devant moi, mais c'est le wagon de 1ère. Je suis exténuée, j'ai mal aux hanches, aux mains, l'arthrite me bouffe, je vais pour me hisser
tout de même et m'asseoir, enfin, dans un des sièges vacants que j'aperçois avec soulagement. Les contrôleurs se montrent très vite, grands et gros "vous avez un billet de 1ere ?" "non ... ". On
s'en fout du billet mon gars, sur toutes les lignes d'Ile de france ca n'existe même plus la 1ere, tu vas pas me faire chier, là, ce soir, alors que je rêve que d'une chose c'est le bain chaud
dans lequel je vais me couler tout à l'heure en tâchant de faire oublier à mon corps les heures longues au bureau. Je dis "non" et je me hisse. Il me barre le chemin et je manque me casser la
gueule. Derrière moi les autres voyageurs écarquillent les yeux. "Mais c'est bondé en 2nde, qu'est ce que ca peut vous faire ?". Les gens râlent, un peu, pour la forme, puis se dirigent vers les
portes des voitures voisines, pleines à craquer. Je sens bien que la colère est forte, je tente de mobiliser les autres voyageurs "allez si on monte tous que voulez-vous qu'ils fassent ?" "oui
c'est vrai on devrait monter" mais finalement personne pour suivre. Me voilà contrainte, retraite coupée, de m'entasser avec les autres dans un wagon surpeuplé pour ma demi-heure de route. Et là,
enfin, les langues se délient. Les gens sont outrés. Une petite jeune femme avec le bras en écharpe a été refoulée elle aussi. Tout le monde s'insurge. On aurait dû ... c'est honteux ... qu'est
ce que ça peut leur faire ... entassés ... bestiaux ... ras le bol ...
J'observe. A moi toute seule je ne pouvais rien faire mais ça ne s'est pas joué à beaucoup que les autres me suivent.
Qu'est-ce qui fait que les gens vous suivent, qu'est ce qui fait qu'un événement aussi banal devient un catalyseur ? Je réfléchis mais mes neurones sont au ralenti.
Il faudra que j'y pense, il faudra que je comprenne, tout à l'heure, dans mon bain. Les gens se retournent vers moi et me parlent, un lien se crée, je n'ai pas le charisme pour faire plus que ça,
et puis faire lyncher deux connards investis d'un micropouvoir d'emmerder le monde ca n'est pas précisément mon rêve d'action politique, mais je suis saisie. Il suffirait de pas grand chose pour
les faire basculer et suivre. Mais c'est quoi ce pas grand chose ? Quand est-il saisissable ? A quel degré d'exaspération plonge-t-on dans le fait divers, à quel degré dans la révolte, et comment
dans la révolution ?
Je suis dans mon bain. J'y repense. Je raconte à mon mari. Il n'aurait pas cédé. Je le crois. De son mètre quatre-vingt-dix imposant, de ses épaules de rugbyman, il
n'aurait pas cédé. Mais il a une autre carrure que la mienne. Peut-être que si ç'avait été lui, ils auraient suivi ? Peut-être que si j'avais été plus en forme je n'aurais pas lâché. Il faut que
je réfléchisse à tout ça. Il faut que j'apprenne. Un jour tout ça servira. Un autre jour. Pour l'heure j'essaye d'accepter et d'accueillir la fatigue et la douleur. Un jour
...
Par Marie-Laetitia
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Publié dans : Quotidien ou presque
Jeudi 5 mars 2009
4
05
/03
/2009
16:03
3
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Chambre conjugale. Nuit noire. Rêve agité, impression de mouvement à côté de moi ... Homme qui revient des toilettes et se colle ...
" (à l'ouest) Grumbl ...
- (tout câlin) et alors je te le fais quand ce petit troisième ??
- ...... (regarde l'heure de l'oeil qui n'est pas enfoncé dans l'oreiller, l'ouvre grand en voyant 5:02 affiché, est du coup pleinement en possession de ses moyens d'un coup d'un seul) Eeeeeuuuuh
chéri à moi, t'es pas un peu au chômage là ? me hasardé-je à répondre, un peu hébétée, la libido en croix - Pi il est cinq heures du matin quand même. Dis voir, on en est à ce point de non
sexualité que t'aies trouvé que ça pour motiver ma libido ?
- (se décolle d'un coup) Bon bon ... mais viens pas te plaindre à quarante-cinq ans que t'aurais bien fait un troisième !".
Il se tourne de l'autre côté tandis que je rassemble mes esprits et vérifie sur mon portable que l'heure étonnante et rarement vue affichée par le réveil est bien la bonne. Vi c'est bien ça.
"Euh d'abord chte f'rais dire que dans trois mois c'est TRENTE-cinq que je carillonne et fête, et pas QUARANTE, primo et d'une. Et pi dis, on devrait quand même réussir à rassembler nos hormones
dans les dix prochaines années non ?
- grumbl ....
- dis ? oh ?
- grumbl !
- Ben chéri fais pas la tronche, ça ira mieux quand on aura moins de soucis tu sais bien !
- Grumbl !!!
- ... même de dos et dans le noir je vois bien que tu boudes hein ... allllllllez arrête de faire la tête.
- NAN JE BOUDE PAS"
Tu le crois ça, que dans la minute il se rendort et me laisse comme une conne réveillée dans le lit à l'écouter ronfler ? et à cogiter tant et plus ? Et au fait je le veux vraiment vraiment, ce
petit troisième ? Et comment on va faire avec nos deux qu'on a déjà, s'il retrouve pas vite du boulot ? Et ce cent pour cent qui recommence à partir de mars, je vais tenir le coup alors que même
à quatre-vingts je m'épuise ? Et si je me retrouve en arrêt et à demi-traitement comment on va faire ? Et si le CLM passe pas ? Et si ... Et si ...
Deux heures que ça a duré.
Tu sais quoi ? La prochaine fois je lui saute dessus à l'homme, s'il me réveille à cinq'du, ce sera bien plus sage de pas l'être. Marre à la fin d'être raisonnable.
EDIT : L'homme, qui lit couramment, a tenté sa chance à 5 h 34 ... Il compte encore ses abattis ... Non parce que faut pas croire que c'est tout purement autobiographique ! c'est de la
fiction homme à moi !
Par Marie-Laetitia
-
Publié dans : Quotidien ou presque
Lundi 23 février 2009
1
23
/02
/2009
15:08
2
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Questions réactions & réponses