Quotidien ou presque


Eh vi, sans suspense, les alvéoles d'une ruche sont elles aussi
closes d'un opercule


J'ai chez moi depuis un certain temps - huit ans en fait eh oui comme le temps passe ! - un être humain du sexe opposé qui, de ce fait, m'a donné deux beaux enfants - pouf pouf, pour être précise, lui il a juste par deux fois mis une petite graine pour que je la couve pendant neuf mois, accouche dans la douleur, et fasse deux beaux enfants fin de la parenthèse ça n'a rien à voir c'est juste pour dire. Cet être multifacettes qui s'emboîte si parfaitement (oh oui) à ma personnalité, que j'aime et respecte et à l'occasion honore, a cependant, je le confesse, quelques travers ... Je m'en va aujourd'hui vous en exposer un qui, quoique mineur, est à l'origine d'une guerre quotidienne entre lui et moi, depuis que notre monde est monde.

Monsieur - pour préserver sa vie privée et sa vie professionnelle qui pourrait être gravement impactée par mes révélations, appelons-le simplement ainsi - Monsieur disais-je, a une manie étrange et persistante, qui résiste à l'emprise de la logique et de la raison même distillées par la bouche ô combien autorisée de sa femme préférée, myself, avec douceur, fermeté et constance depuis notre début de vie commune, manie qui me semble assez largement répandue dans la gent masculine : i vire pas les opercules. Un opercule c'es,t par extension depuis son sens originel "Appareil osseux composé de quatre pièces, qui, dans beaucoup de poissons, couvre et protége les branchies", toute espèce de membrane visant à fermer hermétiquement un contenant. Dans notre vie quotidienne, des opercules on en trouve un peu partout : entre la bouteille de lait et son couvercle, entre la boîte de margarine et son couvercle, etc, presque toujours entre un produit et son couvercle en fait. Cette fine membrane a pour seule vocation et utilité de garantir à l'acheteur que le produit, si le couvercle a été ouvert, n'a pas pu être corrompu. Il est donc simplement et naturellement arraché et jeté par toute personne douée de bon sens puisqu'y a un couverc' ! Mon époux à moi que j'ai, il dévisse ou ôte le couvercle, il décolle à moitié l'opercule et le laisse soigneusement attaché par l'autre moitié, et lorsqu'il a fini de se servir dudit produit, il repositionne tout aussi soigneusement qu'il l'avait entrouvert, l'opercule puis le couvercle. Lorsque, vissée au sommeil par le lobe gauche de mon cerveau oublié sur l'oreiller, je me prépare à tâtons mon café au lait du matin, versant d'abord l'eau puis le lait, il est donc courant que, sans méfiance et encore partiellement abrutie de fatigue, je me renverse sur les chaussettes la moitié du lait qui n'a point coulé bien droit mais débordé de part et d'autre des lèvres de l'opercule tire-bouchonné de force sous le couvercle que je viens de dévisser... Pfffff lassituuuuuude tiens je crois que soit je vais me recoucher direct soit je sévis.... J'a trop plein à faire et je suis d'humeur badine alors ...
En rétorsion, sauvagement, j'ouvre tout grand le réfrigérateur et je me jette sur tout ce qui, sur ses clayettes, porte la marque de l'homme : la margarine aux alpha-omega du tonnerre de Zeus ! le Saint Moret ! la féta qu'est bonne pour les cuisses ! avec un rictus mauvais je déchire et mets à la poubelle les cadavres trempant dans le jus de fromage ou recouverts d'une fine pellicule oxydée de vieille margarine rance, des opercules qu'il avait soigneusement conservés parfois même minutieusement.

Voilà, le décor est posé, la guerre hebdomadaire des opercules peut commencer ...

Par Marie-Laetitia - Publié dans : Quotidien ou presque
Jeudi 23 octobre 2008 4 23 /10 /Oct /2008 11:46

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