Pseudo analyses

Je préfère ne pas dresser de bilan comptable de cette année, finalement. Je suis toujours engluée dans mon hypochondrie, à guetter la moindre manifestation de mon corps sans doute un peu malade mais sans doute un peu en bonne santé. Je vais mieux petitement, à un rythme de fourmi déplaçant à elle seule un cadavre de mante religieuse, tirant, poussant, dans un sens et dans l'autre, suivant une piste à demi effacée dont les senteurs se perdent et se dissolvent. Je tire dans un sens, je pousse sur un côté, les choses semblent avancer puis se rebiffent, je pousse dans l'autre sens, je tire sur une extrêmité, j'essaye de suivre un chemin. Cela n'a rien de bien évident. Noël approche, l'année s'est déroulée comme dans un cauchemar décousu et haletant et j'en sors épuisée, transie, il me faudra du temps pour m'apaiser et retrouver une respiration normale, admettre que ce monde-ci est bien le monde réel et laisser se dissoudre ces angoisses si tenaces en souvenirs de moins en moins précis, puis en fumées, en brouillard, en vagues sensations. Mon mal de mère s'est transformé de semaine en semaine, je l'ai vu refluer et reparaître, houle tenace et nausée rebelle, je l'ai vu changer d'objet mais refuser pour l'instant de disparaître. Etre mère et maman et moi tout ça en restant authentique c'est mon défi. Je ne l'ai pas remporté cette année mais j'y travaille, c'est une course de fond.

Bonnes fêtes à toutes celles et ceux qui lisent mes débandades de moral et mes atermoiements et ont souvent le courage de me soutenir d'un petit mot qui marque d'une pierre lumineuse, d'une luciole, mon chemin parfois très solitaire dans le noir. Je vous dis à l'année prochaine et vous embrasse virtuellement.  

Par Hemipresente - Publié dans : Pseudo analyses
Vendredi 22 décembre 2006 5 22 /12 /2006 15:23

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Je me demande souvent comment était ma vie "avant". Avant la dépression. Comment ça faisait de me lever le matin en se disant qu'il faisait beau, que j'allais passer une bonne journée, retrouver mon amoureux le soir, qu'on irait dîner, qu'on ferait sans doute l'amour, que je m'endormirais dans ses bras en pensant à notre avenir tout doux. Comment j'étais, moi, avec lui. Drôle je crois ? Enjouée ? Gourmande oui, ça j'en suis certaine, gourmande comme une chatte ! Timide, bon, c'est mon fond de caractère depuis si longtemps, mais malgré tout capable d'aller vers les autres, de leur tendre la main. Et avec ma fille j'étais comment ? Câline un peu, pas tant que ça en fait. Pas tant que ça. Pas facile d'être câline avec une toute petite fille qui se refuse. Pourquoi ? Parce qu'elle entre dans sa phase oedipienne et préfère son papa. Tiens. Là ça allait déjà un peu moins bien. Sur les photos je suis déjà moins souriante. J'en parlerai à mon psy. Je digresse. Comment c'était avant, avec M. ? Une chanson tous les soirs, se lever la nuit, faire du manège, des activités...

Et aujourd'hui, comment c'est ?
Lorsque je me lève le matin ... ma tête est vide. Sans horizon. Je ne pense qu'à la minute qui suit. Je commence la palpation mentale de tout mon corps, à l'écoute de tout symptôme nouveau de quoi que ce soit. Si d'aventure je trouve quelque chose voilà sur quoi se jette ma tique gorgée de névroses, elle va s'en repaître jusqu'à ma prochaine visite chez le médecin. Si je ne trouve rien d'anormal, rien de nouveau, je me lève tout simplement, je prépare mes affaires, jusqu'à la semaine dernière je prenais mes clés de voiture et partais avant que tout le monde soit levé. J'aimais ce moment de concentration et d'abstraction que m'imposait la conduite : 1/2 heure pendant laquelle je ne pensais qu'à la route, 1/2 heure de repos ! Lundi je n'aurai plus ce moment de solitude biquotidien, lever collectif aux aurores, aller prendre le RER, retour par le RER puis maison, récupérer M, attendre D. Je digresse à nouveau.
Lorsque je me lève le matin, ma tête est vide. Je ne déroule pas par avance la journée qui m'attend. Je ne l'attends pas. Elle se déroule et m'engloutit. Non que renoncer à mon lit soit difficile - je dors très mal et très peu - mais il faut agir, être dans le monde. Une fois au travail, je mets ma tique en cage jusqu'à ma crise d'angoisse de 15 heures, parfois plus tôt. Je travaille aussi bien que possible, je vois des gens, je leur parle, je les fais rire souvent, et leur aveuglement à mon mal être ne me procure aucune animosité : comment pourraient-ils deviner ce que je ne souhaite nullement montrer ? pourquoi le feraient-ils ? Chacun dirige sa vie comme il le peut. J'aime bien faire rire les gens. Mon rire à moi est souvent sincère mais rarement profond. La journée de travail passe, par à-coups, au gré des appels téléphoniques, des sollicitations des collègues, de mes supérieurs, des coups de bourre. Et puis je rentre chez moi, à présent ce sera par les transports en commun, dans la moiteur et au mépris de mon agoraphobie. Compter une crise d'angoisse supplémentaire.

Ma tique, elle supprime tout ce qui est plaisir dans ma vie. Elle intensifie tout ce qui est inquiétant, mauvais, néfaste. Elle obstrue ma vision à moyen et long terme. Elle prend de plus en plus de place, toute la place, elle va finir par me remplacer toute. Je ne serai plus qu'une coquille, une peau, avec la tique en-dessous, ayant pris ma force et ma forme.

C'est difficile de se battre contre une tique. C'est résistant. Ca ne se laisse pas déloger ainsi. On ne peut pas lui couper les vivres sans se couper les veines définitivement. Il faut réussir à l'extraire seule.

J'en parle comme d'un cancer de cette dépression. C'est une vraie maladie. Je subis. Je suis impuissante. Que faire de plus qu'entamer une psychothérapie, ce que j'ai fait ? Demander des antidépresseurs pour accélérer les choses ... mon psy est contre, ils le sont presque tous. Je demanderai à mon généraliste, mais il n'est pas follement pour non plus. C'est bien beau de tout miser sur la thérapie, mais lorsqu'on n'est pas seul en jeu, lorsqu'on a un mari qui vous aime, des enfants que votre état perturbe, une famille qui s'inquiète, on ne peut pas toujours se permettre de prendre son temps.

Par Hemipresente - Publié dans : Pseudo analyses
Vendredi 29 septembre 2006 5 29 /09 /2006 14:37

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J'aurais bien aimé que ca me saute dessus, la maternité, avec les options mère juive : la faconde, les recettes de derrière les fagots, les débordements d'émotions dans tous les sens, bons et mauvais, cet emballement du coeur face à sa descendance. On se rêve mère, on ne veut surtout pas être comme la sienne et au final on fait tout de travers. La mère qu'on aurait rêvé d'avoir on est infichue de l'incarner, c'est inouï quand même ! Je me voudrais patiente et douce, je suis autoritaire et pinailleuse, je me voudrais dévouée je me trouve égoïste ... tout m'échappe !

Par Hemipresente - Publié dans : Pseudo analyses
Samedi 12 août 2006 6 12 /08 /2006 17:21

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e suis maman pour la deuxieme fois depuis le mois de février. En bonne trentenaire, je me documente et me distrais souvent sur internet, où je participe à plusieurs forums rassemblant des jeunes mamans ayant des enfants nés à la même période que les miens. Ces lieux d'échange sont un creuset des modes et des tendances de la maman moderne et un lieu d'observation privilégié.

Après une génération de femmes qui s'est battue pour la disparition des contraintes, qui a gagné le droit de choisir le nombre et le moment de ses maternités, le droit de travailler et d'être juridiquement responsable de soi, l'égalité au moins théorique avec le sexe masculin, la génération montante affiche haut et fort sa volonté d'un retour en arrière tout à fait terrifiant.

Au nom d'un maternage "naturel" elles s'imposent un ensemble de contraintes si fortes qu'elles se créent, ipso facto, la nécessité quasi impérieuse d'un maintien au foyer. Certaines ont, certes, vécu avec difficulté une petite enfance auprès d'une maman carriériste, mais si l'on creuse, le mouvement que je vois se mettre en place autour de moi est profond et pas seulement le fait de quelques illuminées et/ou enfants mal aimées. En réaction aux années Sardou ("femmes des années 80" à la fois hyperféminines, sexuellement agressives, professionnellement hypercompétentes, wonderwomen terrifiantes), la jeune maman de l'an 2000 se veut extrêmement protectrice, documentée, écologiquement responsable, patiente et douce, maternante, développant avant tout la confiance en soi de son bébé, sacrifiant à son petit tout ce qui jusqu'à cette naissance fondait son bien-être et son épanouissement, puisqu'il n'est pas de plus grand bonheur que la maternité. 

Voici les préceptes directeurs de cette secte qui fait chaque jour plus d'adeptes, et de victimes, je vous expliquerai pour quelle raison par la suite :
- allaiter au moins un an
- allaiter à la demande

- porter son bébé en écharpe
- ne jamais laisser pleurer son bébé
- pratique le cododo
- visiter un ostéopathe au moindre trouble
- recourir autant que possible à l'homéopathie
- nettoyer les fesses avec du liniment
- utiliser des couches lavables
- ne pas recourir à la sucette
- utiliser des produits ménagers bio
- préparer soi-même les repas de son bébé
- ne jamais crier ou donner une tape à son enfant
- ...

Chacun de ces préceptes pris individuellement est totalement inattaquable. Allaiter est à l'évidence la meilleure manière de protéger son bébé, de créer un lien fort avec lui dès les premiers instants, etc etc. Allaiter à la demande est indispensable pour mettre en place une lactation efficace. Porter son bébé en écharpe lui donne un sentiment de sécurité et le calme toujours... etc. Pris dans leur globalité, ces règles de vie politiquement correctes, distillées à longueur de forums et contre lesquelles il est impossible de s'insurger, voire d'émettre tout simplement un avis dubitatif, créent pour ces femmes un univers domestique fort loin du plaisir de la maternité mais très proche de l'esclavage. Quelle culpabilité on fait peser sur celle qui, pour des raisons qui lui sont propres et devraient le rester, ne souhaite pas allaiter ? osera-t-elle même dire qu'elle ne souhaite pas, ne prétendra-t-elle pas ne pas pouvoir ? C'est insoutenable pour bien des femmes, celles qui résistent sont déifiées, celles qui craquent bien sûr sont soutenues et encouragées, elles aussi peuvent y arriver, et il le faut puisque telle est la Vérité...

Quelle est la place du père dans ce monde matriarcal bébécentré ? Nulle. Qu'en disent les hommes de ces femme-mères toutes puissantes ? Du bien, du bien, encore du bien, comment faire autrement ? Critiquer leur épouse totalement investie dans son rôle de mère est impensable. Parfois, un petit bémol, lorsque la fréquence des rapports sexuels diminue ... une femme surinvestie dans son rôle de mère laisse peu de place à sa libido. Et pourtant, dans ce rôle là également, il faut viser l'excellence, être une épouse-amante en plus d'être une femme-mère-parfaite. Tenir son mari, son foyer, ses enfants, porter à bout de bras le monde qu'on s'est construit.

Je regarde tout cela en marge, dans mon monde à moi, par le biais, effrayée par le recul constant des droits des femmes, par le sourire béat des hommes qui voient leurs épouses retourner toutes seules trente ans, quarante ans, cinquante ans en arrière, comme si le retour prôné au naturel imposait un retour à une société où la place des femmes est à la maison. Comment faire comprendre à ces jeunes femmes qu'elles vont en pâtir, non seulement dans leur vie professionnelle et leur couple, mais également en tant que maman ? qu'elles courent le risque de construire des petits machos qui reconduiront un modèle social périmé et des petites ménagères soumises ? qu'elles peuvent également être dans vingt ans méprisées par ces enfants pour qui elles auront tout abandonné d'elles-mêmes et dont elles attendront, en retour, une reconnaissance qu'ils seront bien incapables de leur offrir sans se sentir étouffés ?

Suis-je la seule à avoir peur ?

Par Hemipresente - Publié dans : Pseudo analyses
Samedi 8 juillet 2006 6 08 /07 /2006 09:24

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La nuit tombe sur le quartier. Au loin la mer est calme. La ville n’a pas tremblé aujourd’hui, aucune explosion n’est venue troubler son agitation coutumière, on aurait pu croire que tout était redevenu normal, on aurait pu jouer à faire semblant d’oublier les troubles récents, les morts, la division de la population en factions ennemies. Mais depuis une heure déjà le couvre-feu a fermé les paupières et ravivé les rancoeurs à toutes les fenêtres des colons.
Les trois filles sont rentrées entières aujourd’hui encore, et la mère remercie son Dieu, en serrant si fort son crucifix que ses articulations en blanchissent. Agenouillée, la tête baissée, elle joint à ses remerciements une demande, une prière muette, qui s'échappe de chaque fibre de son corps, une prière pour ce pays qui est le sien depuis toujours, parce que sa mère y est née, que son père et ses frères y sont morts. Elle n'essuie aucune larme sur sa joue : depuis quelques jours elle ne pleure plus. Elle se relève simplement, et porte son regard vers l'horizon sans lumière.
Les filles sont rassemblées dans la salle à manger, elles attendent. Chacune a posé devant elle une casserole et une cuillère en bois. Leur père, silencieux, l'orgueil illuminant ses yeux bruns, ouvre les battants de la fenêtre, repousse les persiennes. La mélopée grave, scandée des quatre coins de la ville, monte, enfle, gonfle, s’insinue dans la maison. Le temps d’attraper le mouvement, de se mettre au pas, et les filles se mettent à frapper en cadence : UN-DEUX-TROIS ... UN ... DEUX ! .... UN-DEUX-TROIS ... UN ... DEUX ! percussion aux mille, aux dix mille voix. Ma mère a neuf ans. Elle tape, fort, depuis une demi-heure déjà. Les sifflets résonnent, au loin, une explosion a retenti à l’autre bout de la ville, les sirènes des secours, des policiers, des gendarmes, se répondent de loin en loin, se rejoignent, puis s’éloignent de nouveau. Insoucieuse de ces tapages, la rumeur s'amplifie. Elle tape et se sent tout entière happée par ce rythme qui scande les mots dérisoires de l'Histoire qui se noue ici, dans le sang déjà : AL-GE-RIE FRAN-CAISE ! Ma mère, elle, ne comprend pas : l'Algérie c'est son pays, la France c'est sa patrie, où est la dichotomie ? A l'école communale, elle apprend aux côtés des petites filles de toutes origines, arabes, kabbyles, berbères, l'histoire de France et récite sagement "nos ancêtres les Gaulois..." ; en cours de géographie elle apprend le Rhône, le Rhin, la Loire, le Mont Gerbier de Jonc, les cultures maraîchères du Limousin ... Sur les cartes de France l’Algérie est hors champ, de l’autre côté de la mer, on y vit mais on n’en apprend ni l’histoire ni les paysages.
Elle tape plus fort et la sueur ruisselle sur ses joues. Il fait lourd, les moustiquaires tirées devant les fenêtres se couvrent de papillons nocturnes qu'elle ne reverra plus en métropole. Elle tape de toutes ses forces, la charge de cavalerie de cent mille petits tambours dispersés dans la ville la fait haleter à son rythme. Par la fenêtre elle écoute respirer le port d'Oran, les ruelles, les maisons blanches, elle aperçoit la mer si calme. Elle regarde mon grand-père, les yeux perdus dans le vide, dans l'avenir de ses filles qui lui sont tout, même s’il ne saura jamais l’exprimer. Elle le regarde et la dureté de ses yeux, le tranchant de son profil, la font frapper plus fort encore.
D'un coup les batteurs de toute la ville s'arrêtent, le tumulte s’apaise, et le silence qui suit est plus signifiant encore. Toutes ces voix demain ne seront plus part au chœur de ce pays, toutes ces voix demain se seront tues ici.
Dans la maison plus un seul mot ne sera échangé. Chacun regagne son lit dans la moiteur de mai, à tâtons. Pour elle, la petite, la cadette, qui ne comprend pas, la fièvre persiste longtemps. Allongée sur son lit, les yeux au plafond, elle murmure à ses soeurs endormies "dis, c'est comment la France ?" n'obtenant d'autre réponse que leur souffle régulier qui finit par la bercer.

Elle est arrivée ici française, elle avait quatorze ans. Elle fut accueillie en étrangère. Déracinée, elle a construit sa vie ici, a très vite cessé de regarder de l'autre côté de la mer, en arrière. Les photos de son enfance lui semblent étrangères, décalées : une petite fille oliveâtre en robe blanche, anglaises impeccables, perpétuellement bronzée, les bras nus, le sourire éclatant. Elle se voit et moi je la reconnais, elle a tiré un trait sur l'enfance et sur le pays dans un même mouvement.

Je tirerai un jour le fil invisible qui me relie à ce continent que je ne connais pas et qui m'appelle, je remonterai la piste de cette petite fille née ailleurs. Je voudrais comprendre comment elle a grandi, comment elle a tourné la page, comment, seule des trois, elle a su admettre l'inexorabilité de ce qu'elle a vécu, comment, seule des trois, elle a su ouvrir son esprit, repousser tout racisme et toute haine, comment, seule des trois, elle est devenue quelqu'un de bien qui ne s'arrête ni à la couleur de la peau ni à l'accent ni aux coutumes. Elle est formidable ma mère.

Par Hemipresente - Publié dans : Pseudo analyses
Mercredi 3 mai 2006 3 03 /05 /2006 08:40

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