Han que je suis en colère. Ca me bouffe. En colère et déprimée. Le mélange est détonant. J'aime ma colère comme une ennemie
proche, elle me protège, mais elle m'épuise aussi. Il faut en passer par là pour "accepter", mais je n'ai pas envie d'accepter, moi ! Pas du tout ! Pourquoi accepter l'inacceptable ? Comment ?
Vivre avec c'est forcément accepter ?
Elles sont plutôt douces l'une envers l'autre, je me délecte à les regarder, à écouter leurs jeux. Et pourtant ... Parfois c'est assez saignant,
quasi silencieux jusqu'à ce que l'une, vexée, rompe la tacite entente qui les lie pour ne pas recourir à l'autorité parentale, mais lorsque l'une des deux dépasse les bornes j'entends une voix
qui se hisse au dessus du brouaha ambiant, nette et bien posée, qui veut se faire entendre, et il me faut alors intervenir. Pas toujours.
Mais souvent.
Avant que cela ne dégénère.
Je ne saurais dire laquelle recourt le plus souvent à cette astuce décibelienne, c'est assez équilibré. Le truc c'est de réussir à prononcer les
mots assez distinctement pour être entendue sans pour autant que cela signe trop évidemment un rapportage. C'est tout un art.
"Mais euh arrête euh tu m'as fait mal !" On n'appelle pas encore, on râle simplement. Si je demeure dans l'ombre, je sais que tout à l'heure, tout
bientôt, on viendra me quérir, mais je leur laisse une chance de se rabibocher. "Oui bon excuse-moi j'ai pas fait exprès" "je vais le dire !" "non steuplé je suis désolée je le ferai plus et puis
j'ai pas fait exprès". DEux options alors, soit un retentissant "Mamaaaaaaan !", soit une paix reconquise sans mon autorité. Je préfère de loin la seconde, moins chronophage, et qui n'implique
pas de prendre parti : comment savoir laquelle des deux mérite d'être punie, ou si les deux doivent l'être, ou aucune, alors que je n'étais pas là au coeur de leurs jeux ? Parfois c'est bien net,
il y a règlement de comptes rapide et sournois entre le moment où on m'appelle et celui où je les rejoins ; j'arrive alors au milieu d'un champ de bataille où l'on morve à qui mieux mieux,
d'autant que la baffe vite refilée en loucedé fait souvent mal. Et je les imagine, guettant mes pas dans le couloir et s'envoyant une dernière mandale bien sentie ...
Qu'on vous prive de votre progéniture plusieurs jours, et vous
constaterez que, tout naturellement et en moins de quarante-huit heures de désaccoutumance, votre corps vous ramène à ses fondamentaux et à ses tendances profondes, enfouis sous un vernis plus ou
moins profond et consolidé de devoir parental : lui reviendront en mémoire des concepts abscons dont il saura vous rappeler toute la pertinence par une expérimentation assidue ; la sieste, la
grasse matinée, le dîner sur le pouce voire l'absence de dîner, les courses réduites au strict minimum vital (pain, pif, fromton), les feignasseries ménagères éhontées ... La mémoire du corps,
bien présente sous les couches de diktat de la parentalité, vous ramènera à cet état de nature de la fatigue et du repos que l'on nommait le célibat ou, parfois, pour quelques chanceux
synchrones, la Vie de Couple. Certes, votre descendance, merveilleuse, vous manquera, mais pas au point de ne pas craindre - honte sur vous - de prendre goût à ce rythme retrouvé, que vous aviez
épousé bien avant votre moitié, à ce modèle de référence du repos et de la fatigue qui vous a façonné. Dix heures sonnent, vous vous levez, alanguie, hirsute - si madame, si, hirsute, soyez
honnête - et pour aller prendre votre petit déjeuner, vous passez devant l'ardoise Veleda sur laquelle, habituellement, vous notez tout ce qui manque, liste de courses en perpétuel
renouvellement. Elle est blanche, vide ... est-ce à dire qu'il ne faut rien acheter ? Non, mais vous avez ... oublié. Voilà. Là vous êtes tout à fait dans l'absence. Plus dure sera la
chute !
Que j'aime mon tout petit jardin, envahi d'herbes folles et de
fleurs sauvages, clos de hauts murs qui me rendent invisible, ombragé lorsque le soir descend par l'église qui nous surplombe. J'y suis bien. Je m'assieds sur les marches y menant et j'observe le
manège des hirondelles qui s'élancent de si haut que même en plissant les yeux je ne peux que les deviner, je me laisse gagner par le calme et la sérénité, au milieu de leurs cris au loin qui se
répondent. Je savoure ma solitude au milieu de la ville, ma solitude au milieu de la maison, isolement d'une minute. Ca vrombit, ça bombine, on y court après les mouches, les papillons, les
abeilles, ça se meut et ça respire, les parfums exaltants des roses y côtoient les odeurs de crotte fraîche et sèche, le soleil entraperçu jette à l'oeil fatigué des reflets sur la piscine trop
intenses, et l'on ferme la paupière en défense, les merles, l'heure tourne, bientôt sortiront de leurs nichoirs, et on les attend, oh oui, guerrièrement tapi, de patte ferme ! Il y aura du sang
et de la plume !
Comme une pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau
Et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l'eau
Comme un manège de lune avec ses chevaux d'étoiles
Comme un anneau de Saturne, un ballon de carnaval,
Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde d'un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon coeur
Comme un écheveau de laine entre les mains d'un enfant
Ou les mots d'une rengaine pris dans les harpes du vent
Comme un tourbillon de neige, comme un vol de goélands,
Sur des forêts de Norvège, sur des moutons d'océan,
Comme le chemin de ronde que font sans cesse les heures
Le voyage autour du monde d'un tournesol dans sa fleur
Tu fais tourner de ton nom tous les moulins de mon coeur
Ce jour-là près de la source Dieu sait ce que tu m'as dit
Mais l'été finit sa course, l'oiseau tomba de son nid
Et voilà que sur le sable nos pas s'effacent déjà
Et je suis seul à la table qui résonne sous mes doigts
Comme un tambourin qui pleure sous les gouttes de la pluie
Comme les chansons qui meurent aussitôt qu'on les oublie
Et les feuilles de l'automne rencontrent des ciels moins bleus
Et ton absence leur donne la couleur de tes cheveux
Comme une pierre que l'on jette dans l'eau vive d'un ruisseau
Et qui laisse derrière elle des milliers de ronds dans l'eau
Aux vents des quatre saisons, tu fais tourner de ton nom
Tous les moulins de mon coeur
Elles sont partout, ce sont les anxieux, les
inquiets, les timides, les sourires pas convaincus, les visages adultes avec un regard d'enfant. Tout petits, difficile de choisir des chaussures : celles ci sont-elles trop grandes ou trop petites ?
elles serrent un peu, mais c'est peut-être normal ? et cet espace entre le pouce et le bout de la chaussure, il est plus confortable d'être ainsi, non ? non ? et puis, grandissant, les choix, toujours délicats, deviennent de plus en plus déterminants, le mot
"crucial" s'insinue.... choisir des études, choisir une université, un métier, un compagnon... un doute persiste, la recherche du confort total pollue finalement le bien être ordinaire espeéré.
Cela sans doute accompagne les difficultés quotidiennes à se laisser aller, à s'abandonner. Le doute est toujours là, à vriller le cerveau, petite note qui oscille en puissance, parfois couverte
par des fanfares triomphantes, un bonheur soudain, une tristesse intense. Et au bout de plusieurs années, ce doute-là se porte sur tout, sur lui même, sur son hôte : en fait c'est quoi être
heureux ? Si on se pose la question, est-ce qu'on peut l'être ? ils se rappellent dans un bouquin de Sartre cette femme perpétuellement en quête de l' "instant parfait", et finissant par
abandonner. Etre heureux, ça se travaille. C'est un abandon, un refus de résister, c'est cesser de chercher mieux
parce que bien c'est déjà le bonheur .... mais bien sûr, mais ils le savent aussi, mais c'est comme comprendre celui qui croit en Dieu, l'envier, et ne pas avoir la foi. Combien d'années de
thérapie pour comprendre d'où vient ce doute, et pour le détruire ? thérapie, travail sur soi, mâturation, qu'importe, mais combien d'années ?? Ces êtres-là sont peut-être simplement lucides ? non ? ou extraordinairement égoïstes, à toujours se
contempler, se passer au peigne fin "suis-je heureux" ? faut-il les plaindre, les secouer ? faut-il les aimer ? le meritent-ils ?
Je rêverais d'aller chez le psy comme on va chez le dentiste. Hop, une fois l'an, contrôle de routine. Je serais un peu
stressée avant, comme toujours, petite pointe d'angoisse qu'on me découvre quelques vilaines déprimes (caries) qu'il faudrait soigner à coups d'antidépresseurs (roulette) en plusieurs séances
douloureuses, je me laverais soigneusement l'esprit (les dents) avant la séance et j'arborerais, à mon arrivée, mon plus beau sourire...
"Ah, Madame Gambié, comment allez-vous depuis l'année dernière ? Installez-vous. - Eh bien écoutez ça va pas trop mal, les patchs de confiance en soi (plombages) ont l'air de bien tenir, j'ai une petite
déprime saisonnière (gingivite) qui semble vouloir revenir mais rien de bien grave - On va regarder tout ça"
Après un examen poussé et attentif de mon moi intérieur (ma bouche) j'aurais le diagnostic : soit tout va bien, et on fait
une simple petite séance d'hypnôse de revalorisation (détartrage) soit il y a des petites choses diverses à soigner. Et puis on repart tranquille pour un an.
Questions réactions & réponses