Les nombrils de mon monde

Pourquoi "Petites invitations à la lenteur" ?

J'ai retrouvé dernièrement, un peu malgré moi et puis, finalement, tout entière consentante, le goût pour cette conformation particulière du caractère, si amplement décriée dans notre société de l'universellement possible et disponible qui ne tolère pas les temps morts : l'état de lenteur. Enfant, je me suis vu épargner un saut de classe pour ce motif "trop lente", et grand bien en a pris à ma maîtresse de maternelle, qui m'a ainsi fait don d'une précieuse année d'enfance supplémentaire.
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Ma fille aînée semble elle aussi affligée de ce travers si fortement combattu, et sa maîtresse qui par ailleurs loue ses facultés et compétences, me le rapportait avec un petit air penché un peu inquiet "Mathilde est un peu lente, un peu rêveuse, parfois elle s'envole vous voyez ?". Je vois bien, très bien.
Comme l'a fait méthodiquement avant moi le remarquable Pierre Sansot, d'une manière qui ne souffre pas la comparaison et là n'est pas mon but car je ne me situe pas dans l'essai philosophique mais dans la pratique rigoureuse, je me défie par principe des agités permanents, des hyperactifs en fuite, que seule l'attente d'un après par définition inaccessible fait survivre à l'insupportable et stagnant magma du Présent. Ces personnalités insatisfaites de l'Etre qui ne surbsistent que dans le Devenir, dans la projection, m'épuisent.  Adulées, portées aux nues, vénérées par un système de valeurs qui glorifie l'action au détriment de la réflexion, elles pullulent et imposent leur rythme haletant à tous.

Je revendique pour ma part ma très grande propension à la contemplation muette, et j'aimerais savoir offrir à mes filles l'aptitude à jouir de l'ici et du maintenant. Ces petites chroniques que je tisse ici procèdent toutes de cette mission éducative fondamentale que je me suis fixée : leur apprendre à se sentir vivre, non point dans l'accélération permanente, mais dans le plaisir toujours renouvelé de l'immobilité, du silence, du temps mort, du soupir enfin.
Marie-Laetitia

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(1) Madame Techner, si le hasard vous porte un jour sur ces pages : je vous aime.
Mer 4 nov 2009 8 commentaires
Un jour je suis allé dans le désert. Je suis resté sur ma dune (et celles d'à coté, ne soyons pas mesquin) une semaine. Avant j'étais un jeune cadre dynamique. Après, ils n'ont jamais réussi à me faire ré-accélérer. Maintenant je suis moi... Eloge la donc cette lenteur !
Luc - le 03/10/2008 à 16h36
Je comprends ce que tu dis, mon compagnon et moi nous sommes mis au yoga, on trouve dans cet état de méditation ce "sentir vivre" en effet... et ça fait un bien fou !
Oki - le 03/11/2008 à 15h55
j'ai une petite fille qui a commencé à spider dans le ventre de sa maman. Elle est venue au monde 21 jours avant le terme, depuis elle s'agite, parfois maladroite, stressée, anxieuse...sur son fond d'enfant heureuse et développant l'amour par tous les sens.
Nous lui apprenons la lenteur, elle s'y plait, mais le naturel, son naturel reprend rapidement le dessus.
La nature de la personne fait qu'elle est à prendre en compte cas par cas, hors de la satané course aux résultats uniformes.
Peut-être, doit-on développer les deux façons d'être?
sérénité relative - le 08/04/2009 à 15h18
Sérénité j'ai aussi une anxieuse angoissée pressée de bien faire et soucieuse de tout. Je tâche de suivre son rythme et de lui donner le goût des pauses, lorsque son caractère lui permet de les apprécier, lorsque l'instant s'y prête ... L'enfance n'est pas souvent le temps de la lenteur, et d'ailleurs elle s'enfuit trop vite ;)
Hemipresente
Ouiiiiiiiii voilà le texte sur la lenteur ! Tout à fait ce qu'il me faudrait. Hélas, je suis revenue à .. la bousculade.
Lise - le 09/06/2009 à 21h26
Wah... C'est beau. T'écris vraiment bien!
NeuNeu - le 21/08/2009 à 13h06
Merci Neuneu. Bienvenue ici.
Hemipresente
Eloge de la lenteur?Ici, par un vieil amis:

http://www.dailymotion.com/video/xb2mad_eloge-de-la-lenteur-pour-aldo-cicco_music
orlando - le 10/11/2009 à 15h40
Je m'en va zaller voir ça !
Hemipresente
Cela fait du bien en effet de rencontrer une âme soeur. Il doit y en avoir de nombreux et nombreuses autres de par le monde, mais on se sent parfois un peu seuls car les lents n'ont pas la cote. Ils font profil bas en espérant secrètement que leur heure viendra tôt ou tard. On ne sera peut-être malheureusement pas là pour le voir, ce triomphe de la lenteur. Escargots et limaces même combat ! Et souvenez-vous, que finalement, c'est la tortue qui l'a emporté sur le lièvre.
Bernard G - le 16/11/2009 à 22h39
Vous voyez comme c'est insidieux le bourrage de crâne ? En vous lisant je me disais "mais enfin je ne suis pas LENTE" : c'est devenu une insulte. La lenteur n'est pas nécessairement paresse ou bêtise mais elle y est assimilée !
Hemipresente
Une excellent profession de foi à suivre et à partager, en vérité que celle-ci.
Cristofol Michel - le 25/04/2011 à 08h08